Quand j’ai choisi ce livre je ne savais pas que Richard Yates était l’auteur de La Fenêtre panoramique que beaucoup d’entre nous connaissent sous le titre de « Les Noces rebelles », très beau film de Sam Mendes (réalisateur dont j’aime beaucoup les films). J’ai pris conscience de cet élément en découvrant la quatrième de couverture et cela m’a laissé entrevoir une lecture que j’allais apprécier… je ne m’étais pas trompée !
Richard Yates a le don de sonder la vie tragique des femmes américaines de la middle class des années 1950-1960. Ici nous suivons, au cours de trois parties de trois chapitres chacune, la vie de deux sœurs, de 1930 au début des années 1970. Le roman commence sur une assertion malheureusement prophétique :
Aucune des deux sœurs Grimes ne serait heureuse dans la vie, et à regarder en arrière, il apparaît que les ennuis commencèrent avec le divorce de leurs parents. (page 11)
Naïvement j’ai mis de côté cette phrase que j’ai eu tendance à oublier, en espérant que les choses aillent bien pour Emily, l’héroïne, celle que l’on suit vraiment et dont on connaît les pensées les plus intimes et Sarah, que nous connaissons si peu, outre le vernis qu’elle veut bien nous présenter ainsi qu’à sa sœur Emily.
En un chapitre seulement, le premier, Richard Yates arrive à nous faire connaître la personnalité des sœurs Grimes, tant enfant qu’adulte. Puis nous les suivons, avec parfois des ellipses de plusieurs années. Nous ne cessons d’avoir le portrait de la femme américaine obsédée par les apparences, représenté par Pookie, la mère de Emily et Sarah et du couple plein de faux-semblants incarné par Sarah et Tony. Et puis il y la femme libre, Emily, qui travaille, ne cherche pas à se marier à tout prix, avorte (thème que nous présente Yates dans La Fenêtre panoramique également)… mais est-elle plus heureuse que Sarah qui affirme « Tu apprends à endurer certaines choses quand tu veux rester mariée. » (p.173) ?
Ces trois femmes s’éloignent au point de n’avoir rien à se dire quand elles se retrouvent. Puis, enfin, les deux sœurs reparlent, se confient !
Sur toile de fond d’histoire des États-Unis, Yates semble espérer une certaine libération de la femme, nous présente un père qui, dans les années 1930, veut que ses filles aillent à l’université, une femme qui travaille et vit seule dans les années 1940 et une peinture amère du mariage. Il laisse également deviner une idée du salut par l’écriture. Mais il nous parle beaucoup, surtout peut-être, du temps qui passe et de la solitude de chaque personnage, des individus en général, et des réponses qu’ils croient trouver pour pallier cette sensation. Cependant cette amertume et ce tragique qui s’écoulent pendant une quarantaine d’années sont décrits avec talent, les mots sonnent justes, on s’attache aux personnages, aux espoirs et aux pensées d’Emily…
C’est la gorge serrée et les larmes aux yeux que j’ai terminé ce très beau roman qui m’a donné envie de relire Yates.
Je remercie et les éditions Robert Laffont pour ce premier partenariat qui, en plus, est un coup de cœur !

