En complément de mon billet d’hier… parce que j’aime quand un auteur nous explique la genèse de son roman.
14 février 2011
13 février 2011
« Le confident » – Hélène Grémillon
Paris, 1975. La mère de Camille vient de mourir. Elle reçoit de nombreuses lettres de condoléances et parmi celles-ci une enveloppe plus grosse, le récit d’un certain Louis qui évoque une Annie, passionnée de peinture, qu’il aimait. Au départ Camille pense qu’il s’agit d’une erreur mais quand une deuxième lettre de ce même Louis arrive chez elle suivie d’autres la jeune femme comprend qu’elle est la destinataire de ces lettres qui lui raconte la fin des années 1930 et le début de la Seconde Guerre mondiale.
Au fil des lignes écrites par Louis, Camille et le lecteur sont plongés dans une autre époque et croise Annie, ses parents, monsieur et madame M. ainsi que l’adorable et dévouée Sophie.
Entre les lettres on lit l’attachante Camille qui parle de sa vie, de son père, sa mère, le bébé qu’elle attend et dont le père ne sent pas prêt à avoir un enfant, son adorable concierge, son travail.
Et puis au cours du récit de Louis des événements s’amorcent, à la fois pour l’Histoire mais aussi pour Annie qui s’est prise d’amitié pour madame M… le malaise s’installe et se confirme avec la proposition d’Annie. À partir de là tout s’enclenche! D’ailleurs Camille qui lit la lettre dit même « Je n’imaginais pas un seul instant ce qui m’attendait. L’impensable, ça existe, j’en suis la preuve. » (p.44)
Après Un jardin sur le ventre ce roman, très différent, m’a pourtant tout aussi remué voire plus. Il est encore question de femmes mais aussi de maternité dans des conditions particulières, de secrets de familles mais pas que, de pertes, d’amours secrètes, perdues ou trahies, d’ironie du sort aussi.
Je me suis plongée sans retenue dans ce premier roman d’Hélène Grémillon (un premier roman? Outre ce qui me semble être un léger anachronisme – la date d’apparition de la peinture acrylique - cela ne se perçoit pas du tout!) ce qui m’a occasionné quelques boules au ventre et à la gorge, des larmes aux bords des yeux aussi! Il faut dire que l’auteur sait distiller les détails qui troublent, touchent, comme cette jeune maman qui a une montée de lait alors qu’elle n’a plus son bébé avec elle… Sans parler de l’exode et ses cadavres de bord de route face à l’arrivée des Allemands. Et enfin quand, à la lecture d’un autre récit (un contrepoint éclairant les lettres de Louis), j’ai pris la pleine mesure des événements, ai compris ce qu’il est advenu d’untel ou ce qu’a provoqué les malentendus, les non-dits! Que dire aussi d’un passage (au milieu du roman) tellement triste (je ne peux vous en dire plus) que je l’ai lu à une vitesse folle en espérant que l’issue que je pressentais ne serait pas…
Un roman où le destin de Louis, Annie, Elisabeth et Paul suit le rythme et les variations de la guerre. La guerre bien plus qu’une simple toile de fond mais bien une dimension à part entière du récit. Un roman où la monstruosité de l’être humain, ses désirs, ses sentiments exacerbés et ses sentiments négatifs mais aussi l’amour explosent au fil des pages vite lues de ce magnifique roman!
Un coup de cœur, assurément!
Merci beaucoup à Keisha d’avoir fait voyager ce roman jusqu’à moi, je suis vraiment heureuse de l’avoir lu bien qu’il m’ait beaucoup affectée… (là encore en écrivant ce billet en en relisant mes notes je me retrouve dans ce drôle d’état ressenti pendant sa lecture)
Je me suis rendue compte, après coup, que ce roman me permettait d’honorer ces deux challenges :
J’aimerais beaucoup avoir l’avis de celles qui ont lu ce livre sur la toute fin, je m’interroge, réalité ou désir fort de Camille? Par contre par mail uniquement pour ne pas trop en raconter ici, dans les commentaires, pour ceux ne l’ayant pas encore lu, merci.
3 février 2011
Le jeudi, c’est citation!
J’avais deux ans quand elle est née, deux ans moins quelques jours et j’avais vingt ans quand elle est morte, vingt ans moins quelques jours. Si à deux ans moins quelques jours, on ne sait pas que l’on rencontre l’amour de sa vie, à vingt ans moins quelques jours, on sait quand il meurt. Et on se demande alors pourquoi on existe. Il y a des gens qui pensent qu’ils vont mourir quand leur inséparable disparaît, mais moi je le sais depuis toujours qu’on n’a pas cette chance-là, mon père n’a jamais murmuré à ma mère qu’on pouvait « mourir d’amour ».

