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2 juin 2011

« Ma sœur est une sorcière » – Les mondes de Chrestomanci tome 1 – Diana Wynne Jones

ma soeur est Eric, surnommé Chat, et sa soeur, Gwendoline, jeune sorcière apparemment douée, deviennent orphelins. Il vont d’abord vivre chez Mme Sharp qui permet à l’ambitieuse Gwendoline de prendre des cours de magie. Puis les deux orphelins Arcand emménagement chez un certain Chrestomanci qui avait entretenu, à plusieurs reprises, une correspondance avec leur père. Avant leur départ Miss Larkins, une voyante, fait une troublante prédiction à Chat.

Dès leur arrivée au château de Chrestomanci, les deux enfants ont une impression étrange et Gwendoline, qui avait hâte de mener la grande vie et de faire l’objet de toutes les attentions en raison de son talent, est déçue ; elle n’en devient que plus pénible, détestable même!

S’ensuit alors une série de confrontations entre la petite fille et Chrestomanci, sous l’œil anxieux de Chat.

J’ai découvert ce roman et son auteur, Diana Wynne Jones, grâce à un billet de Céline, paru à l’occasion du décès de cet auteur jeunesse qui assista, pendant ses années d’université, à une conférence de Tolkien et de C.S. Lewis. De plus, une des ses œuvres, Le château de Hurle, a été adaptée à l’écran par Miyazaki. Voilà deux faits qui me laissaient espérer beaucoup. Sur l’invitation de Céline j’ai donc décidé de lire, accompagnée de ma fille, les séries des Mondes de Chrestomanci, en hommage à leur auteur.

Après un début déroutant, notamment en raison de la méchanceté et l’antipathie suscitées par Gwendoline, les premiers mystères font leur apparition, bien vite. De plus, une impression étrange, comme si Chat était le réel héros de l’histoire, survient quand l’auteur nous affirme que :

« C’est donc ainsi que survint le second grand changement dans la vie de Chat. Et son avenir lui sembla soudain terriblement lugubre. » (p.38)

Le mystère s’épaissit à mesure que les enfants vivent dans le château ; Diana Wynne Jones sait intriguer, poser le mystère, inquiéter même! Outre cette dimension son récit est empli d’humour, il est même comique parfois :

— Hé, vous! Venez ici tout de suite!

Chrestomanci leva vers elle un visage étonné.

— Quelqu’un se permet d’ouvrir mon courrier, cria Gwendoline. Je me moque de savoir qui, mais s’il croit que ça va se passer comme ça, il se met le doigt dans l’oeil!

— Dans l’œil, ou dans ton courrier, il faudrait savoir…

— Il se fait des illusions! s’impatienta Gwendoline. À l’avenir j’exige que mes lettres m’arrivent fermées!

— Tu veux dire qu’il faudra les ouvrir à la vapeur et les recoller ensuite? dit Chrestomanci avec hésitation. Ce n’est pas très pratique, mais enfin, si ça peut te faire plaisir…

(p.101)

Je me suis attachée à certains personnages ( j’ai beaucoup aimé M. Saunders) et de temps à autres de belles images m’ont enchantées :

« Son estomac, repu de confiture ensorcelée, opéra une plongée étonnamment rapide vers les oubliettes du château » (p.190)

Je dois cependant avouer que j’ai dû attendre la moitié du roman pour vraiment être happée par cet univers. Diana Wynne Jones relance alors  l’intrigue avec l’arrivée d’un nouveau personnage et de grandes trouvailles créatives que j’ai adorées. Bref, dès cet instant le récit a trouvé tout son intérêt et le personnage de Chat a pris toute son ampleur, jusqu’au final beau et réussi. Ah et ce Chrestomanci, touchant, beau, raffiné et magnifique, notamment à la fin… un délice! Beau contrepoint à la cruauté de Gwendoline, un vrai monstre.

Je dois dire que j’ai désormais hâte de lire les autres romans de la série, en espérant y retrouver Chat. Je pense que Diana Wynne Jones a inspiré de nombreux auteurs, dont J.K. Rowling, que ce soit par rapport aux scènes finales grandioses, (les confrontations entre le(s) héros et leurs ennemis) ou le concept d’horcruxes.

Une lecture partagée avec Céline  et ma fille logo billet S&safille, un très grand plaisir à poursuivre!

Le billet de ma fille : (attention, spoilers dans les premières lignes! ^^’)

Deux orphelins vont voir Mme Sharp, la grande sœur se nomme Gwendoline et l’autre Chat ou Eric Arcand.

Gwendoline écrit une lettre à Chrestomanci qui les emmène (les enfants) chez lui. Chrestomanci et ses enfants sont aussi de la famille Arcand.

Gwendoline part dans un nouveau monde et Chat fait la connaissance d’une fille qui s’appelle Janet Arcand.

J’ai bien aimé ce libre parce que c’étaient de belles aventures, le livre était long et parce que Chat et Janet sont rigolos dans cette histoire.

Il y a un moment que je n’ai pas trop aimé : quand Gwendoline fait grossir de petits animaux et quand on sait qu’elle prend les vies de son frère.

DianaWynneJonesChallenge-anglais 

Ma soeur est une sorcière – Diana Wynne Jones (1977)

Gallimard jeunesse, collection Folio junior – 299 pages - 2007

30 avril 2011

« Doctor Faustus » – Christopher Marlowe

Le fameux mythe de Faust : un homme pactise avec le diable et est damné pour l’éternité. Un mythe souvent connu pour l’œuvre de Goethe et toutes les références culturelles présentes dans la littérature et le cinéma qui en découlent. Mais avant Goethe il y eût Marlowe (1564-1593)!
Donc Faust, savant, homme de sciences et de connaissances, professeur d’université allemand aimerait dépasser les limites des connaissances et pouvoirs humains, méprise les matières classiques pour la magie et, pour cela, signe un pacte avec Lucifer par l’intermédiaire de Méphistophélès, un de ses démons. Et le voilà en route pour vingt-quatre ans de pouvoir sans limite, de succès et de connaissances.
Une pièce fondatrice d’un grand mythe mais pourtant inégale! J’ai en effet beaucoup aimé le prologue à l’ancienne, avec un chœur qu’on imagine aisément dans une représentation théâtrale. De plus ce chœur pose clairement les enjeux de la pièce : Faust souhaite s’élever au-dessus de la condition humaine et, tel Icare avant lui, il chutera :
Till, swoll’n with cunning of a self-conceit,
His waxen wings did mount above his reach,
And, melting, heavens conspired his overthrow.
(v.20-22)
Tant et si bien que, gonflé d’orgueil et de science,
Il s’élève trop haut sur des ailes de cire,
Que le ciel va faire fondre pour entraîner sa chute ;
J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette dimension mythologique que l’on retrouve à plusieurs reprises (Icare, Diane, Jupiter, Hélène de Troie…) et qui côtoie la religion ; une subtile association très intéressante.
J’ai tout autant apprécié la scène de la « signature » du contrat ainsi que la scène 4 de l’Acte IV et, enfin le dernier acte, bien entendu, celui intense et profond de Faust payant son dû à Lucifer.
Les interventions du bon ange et mauvais ange (celui-ci flattant sa vanité), très « moralement correctes », montrent l’ambivalence tragique de Faust qui signe ce contrat sans vraiment croire à l’Enfer (« I think hell’s a fable », v.129 et « Why, dost thou think that Faustus shall be damned? » v.131) puis qui, à plusieurs reprises, essaie de revenir sur cette signature, en vain tant il est séduit par les plaisirs et le pouvoir terrestres ou est tenté par les démons.
Pourtant, hors de tous ces passages et scènes, il y a comme des intermèdes bouffes qui m’ont déroutés et ennuyés. Cependant on arrive bien vite à la chute de celui qui disait dans la toute première scène qu’il serait un demi-dieu ; la fin est violente : il perd la tête (littéralement) puis une jambe mais c’est surtout au moment d’honorer son contrat que Faust panique devant l’issue fatale, la damnation éternelle :
but now I must die eternally (…)
(Acte V, sc. 2, v. 29)
maintenant je dois mourir d’une mort éternelle (…)
But mine must live still to be plagued in hell.
Curst be the parents that engendered me!
No, Faustus, curse thyself. Curse Lucifer,
That hath deprived thee of the joys of heaven.
The clock strikes twelve
(Acte V, scène 2, v.181-185)

La mienne ne doit vivre que les tortures de l’Enfer.
Maudits soient les parents qui m’ont donné la vie!
Non, Faust, maudis-toi toi-même. Maudis Lucifer
Qui t’a privé du ciel et de toutes ses joies.
L’horloge sonne douze coups
Malgré des longueurs et une lecture mitigée, je reste très contente d’avoir enfin lu une des versions de ce mythe si important qui a inspiré bon nombres d’œuvres de tout genre par la suite, notamment Le portrait de Dorian Gray de Wilde.
Challenge-anglais challenge théâtre

Doctor Faustus – Christopher Marlowe
éditions GF Flammarion – 297 pages -1997

12 avril 2011

« Compartiment pour dames » – Anita Nair

Il est des récits qui, dès les premières lignes, savent conquérir le lecteur. Compartiments pour dames  en fait partie!

Voilà donc Akila. Quarante-cinq ans. Sans lunettes à verres roses. Sans mari, ni enfants, ni foyer, ni famille. Rêvant d’évasion et d’espace. Avide de vie et d’expérience. Brûlant d’aller à la rencontre des autres.

(p.11, ces lignes avaient fini de me conquérir!)

Akhila, quarante-cinq ans et célibataire, a pris soin de sa famille (sa mère, ses frères et sa sœur tous plus jeunes qu’elle) à la mort de son père, alors qu’elle n’avait pas vingt ans. Au fil des ans elle s’est endurcie et n’a jamais vécu pour elle… jusqu’à ce que, n’en pouvant plus de vivre sous le regard toujours accusateur de sa sœur, elle décide, sur un coup de tête, de prendre le train.

Dans le compartiment pour dames dans lequel elle se retrouve elle rencontre cinq autres femmes qui incarnent toutes les facettes des femmes indiennes. Une rencontre décisive pour Akhilandeswari (comme personne ne l’appelle plus) qui, en écoutant les confidences de ces autres femmes, va enfin essayer de se retrouver, se respecter, s’écouter et vivre la vie dont elle rêve.

Ma découverte d’Anita Nair est un coup de cœur ! Une lecture complémentaire et tout aussi savoureuse que Mes sacrées tantes. Voire plus car ici Anita Nair nous présente l’Inde actuelle où les femmes, bien que toujours compartimentées dans une case définie par la tradition aspirent, pour la plupart, à s’affirmer, s’émanciper et être les femmes qu’elles souhaitent vraiment. Car oui, le compartiment pour dames vise à les protéger, leur définir un espace propre mais, au final, n’est-ce point plutôt un espace réducteur voire emprisonnant ? Comme le dit si justement Karpagam , une amie d’enfance qu’Akhila croise par hasard :

De mon point de vue, il est naturel qu’une femme veuille paraître féminine. Et cela n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit mariée ou que son mari soit vivant ou mort. Qui a décidé de ces lois? Un homme qui ne supportait pas l’idée que s’il mourait, sa femme continuerait de plaire à d’autres hommes. (p.327)

Et là tout le propos du livre se trouve magnifiquement résumé ! Écho aussi à ce qu’avait dit la grand-mère de la plus jeune des passagères qui lui conseille de se plaire, de se faire belle pour elle-même et non pour un homme.Voilà à quoi devraient avoir droits les femmes selon Anita Nair. Je ne peux qu’être d’accord et applaudir. Comme j’ai applaudi en lisant :

Prabha Devi décida qu’elle allait apprendre à nager toute seule. Personne ne lui avait expliqué comment accueillir son mari en elle. Ni montré comment allaiter ses enfants. C’est l’instinct qui avait fait son travail. Il lui faudrait simplement faire à nouveau confiance à cet instinct. Après tout, elle avait bien passé neuf mois à nager dans l’utérus de sa mère. (p.305)

Ce livre a beau être un roman, par la forme des récits multiples cela pourrait presque être un recueil de nouvelles, genre auquel s’est également essayé Anita Nair. J’ai été très sensible à la poésie de ce livre, notamment l’art de nous décrire sens, odeurs et saveurs qui m’a séduite dès les deux premières pages :

Le jasmin enroulé dans des chevelures, la sueur et la brillantine, le talc et la nourriture rance, les sacs de jute humides et l’odeur verte des paniers de bambou fraîchement tressés. (p.9)

et pour la poésie pure :

Rien ne bouge sauf le train. La lune, accrochée à son épaule, l’accompagne. (p.10)

Moi qui aime beaucoup cuisiner en m’inspirant des plats et saveurs indiennes je dois dire que pendant toute ma lecture et même depuis j’en ai encore plus envie que d’habitude, Anita Nair m’ayant régalé les papilles…

J’ai également été touchée, sensible à certaines histoires. J’ai été conquise par celle de Margaret, professeur de chimie. Dès les premières lignes j’ai su que je l’adorerais! Cette poésie des mots, cette métaphore de l’amour et autres sentiments comme des éléments chimiques et, surtout, l’intelligence et le savoir-faire de cette femme m’ont épatés !

L’amour et un liquide incolore et volatil. L’amour enflamme et brûle. L’amour ne laisse aucun résidu : ni fumée, ni cendres. L’amour est un poison déguisé en esprit-de-vin. (p.171)

Ensuite, celle de Prabha Devi, quelle femme ! Elle a su se retrouver et avoir le courage de se lancer dans la vie, dans ses rêves. Enfin, bien sûr, Akhila m’a beaucoup touchée, notamment quand on constate sa vie avant le décès de son père, son histoire d’amour ou quand, une fois sa liberté gagnée, sa sœur la replace, de manière cruellement inattendue, sous le joug familial. À maintes reprises des phrases sur la place de la femme « traditionnelle » choquent, indignent, révoltent mais le ton de ce roman est résolument optimiste finalement !

Bref, je suis plus que ravie d’avoir découvert cet auteur et d’avoir une vision plus moderne de la condition féminine en Inde. Les femmes y sont encore à un croisement : elles peuvent prendre plus de libertés toutefois, le poids des traditions reste écrasant pour la grande majorité d’entre elles !

Je compte bien lire d’autres œuvres d’Anita Nair très vite ! J’espère qu’il en sera de même pour mes compagnes de lecture commune ! J’ai en effet partagé cette découverte (prévue pour le 8 puis pour hier) avec Manu, Soukee, Malo, Hilde et Sharon.logo LC

Une lecture qui rentre, un peu en retard, dans le cadre du Mewar Festival d'Udaipur (challenge de Hilde et Soukee) qui avait lieu du 6 au 8 avril.

Compartiment pour dames – Anita Nair

Picquier poche – 443 pages - 2004

26 janvier 2011

Challenges et lectures communes

Depuis la rentrée de janvier je suis vraiment très débordée et lis moins, à mon grand dam. Je m’efforce donc de résister à la tentation des challenges et lectures communes de peur de ne pouvoir tenir mes engagements…

Malgré tout la semaine dernière je n’ai pu résister à la lecture commune proposée par Miss Alfie pour Tous les matins du monde de Pascal Quignard  que j’ai dans ma LAL (cette liste n’est d’ailleurs pas à jour… hum ^^’) Le film, vu il y a longtemps, m’avait beaucoup émue, la musique et puis le grand Marielle… alors j’ai envie de retrouver cette émotion en découvrant les lignes de l’auteur.

Quant à Marion, son challenge m’a fait de l’œil, j’aime tant Tennessee Williams, Toni Morrisson, John Irving, Alice Walker que je ne pouvais résister!

Enfin, avec Céline nous allons lire conjointement L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique de Gabriel García Marquez. Cette lecture commune est prévue pour le 15 février… si vous souhaitez vous joindre à nous il est encore temps! ;) Il suffit de me laisser un commentaire à ce propos.

24 janvier 2011

« Le puits des histoires perdues » – Jasper Fforde

fforde Mon premier billet de l’année portait sur le tome précédent des aventures de Thursday Next. Comme vous pouvez le constater je n’ai pu que continuer dans cet univers!
Le puits des histoires perdues commence encore une fois là où nous avions laissé l’héroïne de ce cher Jasper Fforde (oui parce qu’un homme comme  lui ne peut être que « cher » tant il est génial!). Ainsi donc Thursday est enceinte, Landen, son mari est toujours éradiqué et sa fidèle Pickwick couve son œuf. Elle vient de s’installer (le temps de sa grossesse) dans Les Hauts de Caversham, roman de seconde zone dans lequel elle remplace une des protagonistes qui a pris un petit congé d’un an.
Elle se retrouve à cohabiter avec deux Génériques, des futurs personnages de roman en formation, ainsi qu’avec son adorable mamie qui vient l’aider à ne pas oublier l’existence de Landen. Les jours passent et Thursday doit apprendre les us et coutumes en vigueur dans le Monde des Livres, se former, sous la tutelle de miss Havisham, à l’examen de passage de la Jurifiction (juridiction compétente en matière de fiction) et combattre une demoiselle démoniaque qui tente de la briser en lui effaçant ses souvenirs, non sans lui avoir fait revivre les plus douloureux! De plus le Monde des Livres est sur le point de connaître un grand changement avec la mise en place de UltraWord TM.
Ce tome-là connaît deux temps très distincts. Je ne comprenais pas pourquoi je l’avançais si lentement jusqu’à ce que j’arrive enfin au chapitre 18 où tout se précipite et revient au rythme de Délivrez-moi!  Thursday apprend à vivre dans un nouveau monde, nous suivons donc son rythme et, au lieu d’une action haletante, nous vivons des scènes «quotidiennes » (enfin pour des personnages de livres!) et nous trouvons, tout comme elle, nos marques!
Dans cette première partie j’ai été heureuse de retrouver miss Havisham et de rencontrer les colocataires de Thursday dont l’évolution et les disputes sont amusantes, les techniciens œuvrant à la création d’un livre ou l’AEIT :
Appareil d’enregistrement ImaginoTransfert : dispositif utilisé pour écrire des livres dans le Puits, l’AEIT ressemble à une grosse trompe (…) La page est relue et, si tout va bien, elle est ajoutée au manuscrit, et les personnages peuvent poursuivre leur mission. Le plus remarquable est que l’auteur ne se doute de rien – il croit que c’est lui qui fait tout le travail. (p.124)
Quant à la seconde partie, un crime odieux nous redonne le ton des opus précédents et le rythme s’accélère, l’histoire devient bien plus sombre, triste aussi!
Je ne me lasse pas des trouvailles de Fforde qui explique dans ce livre des faits réels par le prisme de l’univers qu’il a créé. Ainsi, par exemple, l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, le fameux incendie de Londres ou bien  :
— Quelqu’un s’est-il rendu compte que les hippocampes et les ornithorynques sont fictifs?
— Ah bon, parce qu’ils le sont?
— Évidemment! Vous ne croyez pas que des bizarreries pareilles sont issues de l’évolution, hein?   (p.104)
Et puis rencontrer tous ces personnages c’est tout simplement merveilleux : le capitaine Nemo est un vieil homme touchant, Humpty Dumpty en leader de syndicat est très amusant, Dracula à une remise de prix en larmes…
Humpty
Quant à la scène de thérapie de gestion de la colère dans Les Hauts de Hurlevent, elle est mémorable mais pas autant qu’une scène de trip collectif hilarante (et un peu effrayante) dans laquelle les accros se shootent aux émotions!
Enfin la blague récurrente concernant Godot, membre de la Jurifiction, m’a fait rire à plusieurs reprises « Est-ce qu’on attend Godot » (p.144) mais mon gros fou rire a été pour le business Salomon :
— (…) Bienvenue au jugement de Salomon. Nous faisons surtout de l’arbitrage (…)
— Vous êtes le roi Salomon?
Le vieil homme éclata de rire.
— Moi, vous plaisantez, j’espère! Il n’ y a pas assez de minutes dans ne journée pour un seul Salomon ; depuis le coup du partage du bébé, tout le monde réclame son arbitrage, à commencer par les disputes dans le tas de sable et jusqu’aux rachats d’entreprises. Il a donc fait ce que n’importe quel homme d’affaires avisé aurait fait à sa place : il a franchisé. Comment croyez-vous qu’il s’est payé le Temple, les chariots, les vaisseaux et que sais-je encore? (…) mon vrai nom c’est Kenneth.
(…)
— Et que se passe-t-il si un franchisé rend un jugement inique?
— C’est très simple, sourit Kenneth. Le contrevenant sera précipité dans le géhenne et condamné à être torturé sans merci, pendant une longue et  douloureuse éternité, par des démons sadiques surgis des profondeurs de l’Enfer. Salomon est très strict là-dessus.    (pp. 373-374)
Bref, une fois encore j’ai été conquise par l’imagination incroyablement débordante et cohérente (contrairement à ce que je lis parfois) de Jasper Fforde, le caractère et les épreuves de Thursday, l’adorable mamie Next et tous les autres personnages.
Toujours un petit bémol quant au travail de la traductrice et des premières pages trop redondantes par rapport à la fin de l’opus précédent mais, vraiment, ce n’est rien comparé à l’excellence de l’ensemble!
Encore un coup de coeur pour moi!
Cette fois je l’ai lu pour une lecture commune avec d’autres demoiselles : Alfie, Céline et George. Merci à Alfie d’avoir repoussé la date de quatre jours… sans ce week-end de grande lecture je n’aurais pas été dans les temps!
uchronie Je contribue aussi, de nouveau, au Winter Time Travel de Rsf blog.

10 janvier 2011

Jane Austen et l’Inde

Je rassure tout de suite les Janeites qui passeraient par là : il ne s’agit pas d’un Jane Austen inédit se déroulant aux Indes!

Il se trouve juste que ces derniers jours je me suis inscrite à deux nouvelles rencontres blogo-littéraires.

Tout d’abord Hilde et Soukee qui avaient déjà proposé challenge Bienvenue en Inde (auquel j’ai participé avec Mes sacrées tantes ) relancent, pour mon plus grand plaisir, un nouveau challenge sur le thème de la culture indienne. Il s’agira cette année de découvrir des œuvres littéraires ou visuelles autour des fêtes indiennes. Déçue de n’avoir lu qu’un seul livre pour le défi de 2010, j’ai demandé à Hilde si elle comptait poursuivre ce challenge cette année et elle m’a répondu que c’était prévu! Étant donné que j’ai très envie de continuer à me nourrir de cette littérature je me suis, bien évidemment, inscrite pour cette nouvelle aventure indienne! Pour en savoir plus vous pouvez vous rendre ici!

emma Et puis j’aime la simplicité avec laquelle une envie commune à plusieurs bloggeuses prend forme. Ainsi, une perche tendue par Nane dans les commentaires m’a permis de formuler mon envie d’une lecture commune autour d’Emma de Jane Austen. Ni une ni deux Nane l’enthousiaste avait immédiatement publié un billet , la lecture commune était organisée! :) Si vous souhaitez vous joindre à nous cela se passe sur son billet (lien juste au-dessus);  la lecture est pour le 6 mars!

8 décembre 2010

Lectures conviviales

Une nouvelle page apparaît dans mon Cannelier, celle des lectures communes auxquelles je vais prendre part. Je  suis encore novice en la matière (exceptée celle qui a occasionné une discussion passionnante sur le mur de Raphaël Confiant) mais en quelques jours je suis passée de une à quatre lectures prévues.  Savoir que nous serons plusieurs à découvrir une œuvre à la même période et pouvoir échanger nos vues le même jour, je trouve cela convivial, stimulant et agréable!

La première est prévue pour fin janvier, il s’agit du troisième volet des aventures de Thursday Next que je découvrirai en même temps que Acr0, Alfie, Céline et George.

fforde

Puis je retrouverai Céline pour une lecture qu’elle a gentiment accepté, pour découvrir un nouveau García Marquez.

garcia marquez

Le reste des lectures à venir ici!

Et puis je suis encore tombée sur un challenge qui m’a donné envie d’y participer, créé par Cryssilda et Isil.

challenge élisabethain

Quand il s’agit des challenges je suis incorrigible… et il y en a encore un qui me tente mais j’hésite un peu car là la liste devient incontrôlable.

26 octobre 2010

«La Jarre d’or» – Raphaël Confiant

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La Jarre d'or est le dernier roman de Raphaël Confiant, grand auteur martiniquais et chantre de la créolité. Grande lectrice de cet auteur j'ai décidé d'acheter ce dernier-né, dès sa parution fin septembre, en vue d'une lecture commune qui a eu lieu hier sur le mur facebook de l'auteur, en sa présence.

Confiant nous permet de suivre, tout au long de ce roman initiatique, la quête d'Augustin Valbon, écrivain «raté» qui est en froid avec sa famille bourgeoise. Féru de légendes il cherche frénétiquement la Jarre d'or du titre. En effet, selon les croyances martiniquaises, les planteurs békés (descendants des premiers colons blancs arrivés aux Antilles) enterraient leur fortune dans des jarres afin de les soustraire aux éventuelles révoltes d'esclaves. La jarre qui intéresse Valbon est l'une d'entre elles, cependant celle-ci ne contiendrait pas le métal précieux mais des livres «bannis»!

Aux détours des aventures de Valbon le lecteur est donc plongé au cœur de la diversité de la société martiniquaise et de ses croyances :

C'est que tout fossoyeur doit du respect à celui qu'il va porter en terre (...) noir, mûlatre, chabin, indien, chinois, syrien ou blanc créole (...) Dedans il y a des mots caraïbes, des morceaux de litanies chrétiennes, des conjurations rescapées de l'Afrique-Guinée et des exhortations hindoues. C'est un migan d'appels au secours à tous les dieux que nous dévotionnons dans ce pays, que ce soit en grand ou en cachette. (p.98)

Ce sont ces personnalités fortes et variées qui donnent au roman cette authenticité et cette saveur si particulières. Tour à tour le lecteur croise les récurrents des romans de Confiant, le fier-à-bras Bec-en-Or et le  fameux quimboiseur (sorcier antillais) Grand Z'Ongles (qui a d'ailleurs existé et qui officiait dans les années 1950 aux Terres-Sainvilles) mais aussi des fossoyeurs, dont les soliloques précèdent certains chapitres, Man Édouarlise la logeuse attachante du héros, un épicier chinois et bien d'autres personnages tout aussi savoureux!

Cette quête de la jarre de livres symbolise finalement la quête d'un Valbon pris et perdu entre deux mondes. Ceux-ci sont clairement établis par la séparation des lieux et donc des personnes.
D'un côté les Terres-Sainville, quartier populaire de Fort-de-France, où habite Augustin et qui figurent l'oralité qui domine la culture martiniquaise (vestige des interdits faits aux esclaves d'apprendre à lire et écrire). Ses habitants lisent peu mais perpétuent, à l'oral, les paroles des fossoyeurs, les légendes et les commérages.
De l'autre côté, aux abords de la Savane (parc de la ville), Valbon retrouve la bibliothèque Schoelcher et «la Bohème», groupe d'hommes de lettres s'entretenant de livres et de poésie pendant de longues heures. Ils représentent donc l'écriture, les livres et tous les mystères et le pouvoir qui leur sont conférés...
Quant à Valbon, l'écrivain cherchant des livres en se fondant sur les croyances transportées par l'oralité, il est le trait d'union entre les deux!

La Savane de Fort-de-France en 1955 – © Crabot via le site web  potomitan

Outre cette séparation il s'agit avant tout, peut-être, d'une séparation entre le Valbon enfant et fils de son père qui cherche sa voie et le Valbon, enfin homme, qui, une fois sa quête terminée pourra se positionner, devenir ce qu'il veut vraiment être et réconcilier ces deux aspects de lui-même comme il réconcilie l'oralité et l'écriture. Il se sert de la première pour nourrir la deuxième qui, à son tour, permet de conserver ce patrimoine immatériel précieux.

Quant à l'écriture de Confiant, elle est toujours aussi belle et poétique :

Je me contentais, en effet, d'enfiler ces perles que sont les rumeurs, les propos captés dans la rue ou dans les bars, les commentaires de mes proches, notamment Man Édouarlise, Lisette et Bec-en-or, que je mélangeais avec mes propres intuitions, le tout passé à la poêle de mon imagination... (p.193)

De plus elle est, comme à son habitude, dotée de néologismes délicieux mêlant le créole et le vieux français pour donner par exemple : «les malplaisances de la vie », la «chiennaille», «l'aller-venir de mes journées», «une manière de résignation», «les rimailleurs exotisants».

Le style de Raphaël Confiant n'est pas en reste. Il est, égal à lui-même, bien particulier : ici la narration n'est pas linéaire et change de points de vue. Ces changements sont un peu déroutants au début mais je m'y suis faite rapidement. Quant au récit, les récits devrais-je dire, ils sont, comme à l'accoutumé, très vivants et tellement vibrants... je ne m'en lasse décidément pas!

J'ai aimé retrouver l'univers de Confiant, (re)découvrir ces croyances et ces événements tout en ouvrant, d'un chapitre à l'autre, différentes portes sur des croyances et des personnages, des époques différentes et pourtant si intensément reliées, une réalité sociale bien particulière et une vision de la littérature et du livre avec sa vie propre, ses mystères, son rôle. Un beau voyage!