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28 mars 2013

Dans ma librairie préférée…

Je devais aller récupérer une commande d’un livre en anglais aujourd’hui. Cela tombe bien, il pleuvait ce matin (il pleut toujours d’ailleurs). ­« Tombe bien», oui parce que, quelque part, pour moi la pluie et mes livres sont amis… ils se liguent parfois pour m’offrir des moments précieux de lecture enroulée dans une couverture douce, chaude et moelleuse, une tasse de thé ou de tisane à portée de main.

Bref, je m’égare.

Donc je récupère mon livre à l’accueil de ma librairie indépendante préférée, un nouveau Toni Morrison, pour suivre la lecture de celui-ci puis, forcément, un tour rapide dans le rayon des romans. J’aperçois un Doris Lessing sur une des tables. Un coup de cœur de mes libraires adorés. Cela me fait penser à un statut facebook de Sundance Channel France, une de mes seules chaînes-cultes (à part les chaînes ciné et Arte rien ne trouve grâce à mes yeux à la télé) qui mentionnait un film avec deux actrices connues dont le nom m’échappe là (une des deux étaient peut-être Naomi Watts mais j’ai un doute) et qui était une adaptation de Doris Lessing. Je m’étais dit alors, en lisant ce statut,  justement je souhaitais lire au moins un des romans de cet auteur. Pour la place et la réflexion de la femme. Donc ce n’est pas le coup de cœur posé sur la table que je choisis mais, en allant voir de plus près dans les rayonnages de la librairie, j’ai déniché un petit Lessing dont le sujet a tout de suite fait « tilt ».

Et puis au rayon papeterie, un joli bloc de feuille présentant Mouk et ses amis. Pour mes enfants qui me réclament souvent « des petits papiers carrés » et qui adorent Ariol (surtout la version animée), aussi du papa de Mouk.

Ainsi s’achevait mon passage d’une bonne vingtaine de minutes dans ma librairie préférée.

6 mars 2013

« Syngué Sabour » – Atiq Rahimi

J’ai entendu parler de ce roman pour la première fois chez Leiloona qui nous entretenait alors de ce court roman mais aussi de la sortie de l’adaptation cinématographique, réalisée par l’auteur lui-même. Peu après une belle âme ayant perçu mon intérêt pour ce roman me l’a offert… douce surprise !

Une jeune femme, afghane, veille son mari dans le coma, une balle logée dans la nuque. Elle et ses deux fillettes sont seules dans leur maison, à l’abri relatif des combats et tirs quotidiens. Au vacarme et à la peur suscités par la guerre ambiante s’opposent, dans une étrange juxtaposition, les lents déplacements des insectes, l’égrènement du chapelet par la jeune femme et les respirations, calmes et imperturbables, du mari qui, peu à peu, incarnera pour son épouse, malheureuse, humiliée, soumise, battue même, une syngué sabour.

La Syngué Sabour, cette « pierre de patience », est une pierre légendaire « devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs , toutes tes souffrances, toutes tes douleurs, toutes tes misères… à qui tu confies tout ce que tu as sur le cœur et que tu n’oses pas révéler aux autres (…) jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate » (p.79)

La jeune femme se permet donc d’enfin prendre la parole, timidement au début, plus crûment et hardiment à mesure que les combats s’intensifient et que cette situation, les soins à ce mari absent et l’angoisse de cette guerre, pèse sur ses épaules. À mesure qu’elle se confie se révèle la vie difficile et opprimante qu’elle connaît depuis son enfance et, en creux, l’existence de nombreuses femmes de par le monde. Toutefois, même quand elle ose s’énerver, crier, insulter, souvent elle s’excuse, se reprend, par la force de l’asservissement habituel.

Quant aux hommes, ils sont souvent absents et violents à la fois, bourreaux mais aussi, d’une certaine manière, violents car ignorants , comme exprimé dans le roman, ceux qui ne connaissent pas l’amour font la guerre… La seule exception parmi les figures masculines est le beau-père de la femme, une merveille de bienveillance et de sagesse considéré par sa propre épouse et ses fils comme un fou.

La femme révèle peu à peu les manières subtiles, silencieuses et ponctuelles qu’ont certaines femmes de se libérer un peu, en tout cas d’échapper au pire, à l’instar de sa tante.

L’éclatement annoncé de la pierre, quant à lui, est affreux, comme la seule issue possible…

Un propos fort pour une histoire ne relevant malheureusement pas de la fiction. Malgré tout, bien que touchée par le fait que ce soit un homme qui en soit l’auteur, je ne suis pas complètement conquise, non pas par le fond mais plutôt par la narration, long monologue brièvement entrecoupé d’indications. Je me rends bien compte que ce choix, quasi théâtral, sert le récit mais cela a suscité chez moi une certaine « distance »par moment , ou peut-être une étroitesse, une oppression… Cela n’a pourtant pas empêché que je sois touchée, émue, choquée parfois, mais avec une réserve.

Syngué Sabour – Atiq Rahimi – Folio (2010) – 138 pages

♥♥♥♥ (♥ un tout petit peu ♥♥ un peu ♥♥♥ intéressant mais… ♥♥♥♥ beaucoup ♥♥♥♥♥ passionnément ♥♥♥♥♥♥ à la folie, un must, j’adoooore !)

3 mars 2013

« Home » – Toni Morrison

Ma première rencontre avec Toni Morrison date du début des années 1990, quand mon père m’a parlé de cette auteur extraordinaire, noire-américaine, contant des histoires de la communauté noire, qui venait de se voir décerner le prix Nobel. Quelques jours ou semaines après je lisais Beloved. Du haut de mes 13 ans j’ai été choquée mais suis aussi, probablement passée à côté de beaucoup de choses de l’ordre de l’intellectuel comme de l’émotionnel. Peut-être l’ai-je lu trop tôt… Mais ce n’est pas là le plus important car pour moi, de ce jour, cette grande femme est entrée à tout jamais dans mon panthéon personnelle de femmes et d’auteurs que j’admire et dont le propos, les idées, les valeurs seront toujours importantes. Sans pour autant l’avoir lu de nouveau depuis cette année-là, pour des raisons que j’ignore (!), j’ai suivi ses autres publications, lu des interviews ou articles, étant toujours heureuse à la simple évocation de son parcours, de ses propos, de ses interventions.

Et puis, il y a un mois environ, grâce à une blogueuse que j’apprécie depuis un bon moment et avec qui je me découvre depuis peu des points communs drôles, atypiques ou plus profonds, je me suis reconnectée à une part essentielle et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée en librairie avec un désir viscéral d’y acheter un roman anglophone en version originale. Un rayon peu fourni. Je craignais de repartir sans rien, déçue. Ma première envie était de la littérature indienne, Salman Rushdie et Arhundati Roy – que j’ai offert l’an dernier sans l’avoir lu – me sont presque tombés dans les bras. Et, au hasard d’une étagère, je l’ai vu : un Toni Morrison, tel un joyau littéraire, un vivier d’idées, d’histoires, de combats qui me sont chers. Un ravissement. Je suis donc repartie ce jour-ci non pas avec un mais trois romans en anglais… ce qui ne m’était pas arrivé depuis de longues années.

Le week-end dernier enfin je le commençai. Premières pages, une immersion un peu étrange, un entre-deux : où suis-je, qu’est-il en train de se passer, que va-t-elle me raconter, où va-t-elle m’emmener ? Et je n’ai plus quitté Frank, Cee et leur histoire commune et disjointe.

Un roman aussi court que puissant se déroulant au milieu des années 1950. Un âge d’or de l’histoire des États-Unis ? Pure illusion : Frank, jeune homme noir rentre de la guerre de Corée, victime du traumatisme de l’horreur du front, de la perte, là-bas? de ses amis, mais aussi de son enfance ennuyeuse et pauvre dans un patelin de Géorgie. Malheureusement, en rentrant dans son pays ce n’est pas la tranquillité qu’il trouve mais une autre forme de violence, d’agression et une lettre, non un simple mot : “Come fast. She be dead if you tarry.” (p.8) Il doit aller aider sa jeune sœur qu’il chérit tant. La ségrégation bat son plein, insidueusement ou plus vive, surtout dans ce Sud des États-Unis où se déroulent bon nombre d’atrocités (expropriations et combats forcés, expérimentations pseudo-scientifiques…) dont les premières  et seules victimes sont, encore une fois, les Noirs… Les femmes noires encore plus. Ou différemment peut-être. Un récit conférant d’ailleurs aux femmes, à leur force, à leurs pouvoirs presque, une place bien particulière qui me touche autant qu’elle me passionne et qui culmine dans le treizième chapitre.

L’art de la grande Toni est de nous faire vivre ces réalités aux côtés de Frank et de Cee, de nous les faire ressentir. Point de cours d’histoire magistral sur l’histoire américaine ou de la communauté noire, simplement un récit de vie particulièrement à vif, remuant, fort, intimiste. Frank s’adresse, au cours de quelques intermèdes, au narrateur à qui il explique des choses, rétablit les vérités, pour plus de proximité et d’impact avec nous, les lecteurs.

Et quand le récit touche quasiment à sa fin, qu’on pense reprendre son souffle, Toni Morrison nous assène encore quelques coups, choquants autant qu’inattendus, sous forme de révélations, dont une réponse au premier chapitre-prologue…

Quant à l’histoire en elle-même, ce frère et cette sœur au lien indéfectible sont touchants  ; on assiste à leur renaissance. Deux personnages en quête de paix intérieure, en quête d’un endroit où ils se sentent réellement bien. Home.

Home – Toni Morrison – Vintage books (2012) – 147 pages

Coup de cœur bien entendu !

♥♥♥♥♥♥ (♥ un tout petit peu ♥♥ un peu ♥♥♥ intéressant mais… ♥♥♥♥ beaucoup ♥♥♥♥♥ passionnément ♥♥♥♥♥♥ à la folie, un must, j’adoooore !)

30 juin 2012

« Les filles d’Estoril » – Margarita Rebelo Pinto

Avec beaucoup d’espoir je vais essayer de reprendre enfin la bonne dizaine de billets littéraires que j’ai en retard, je crois du plus récent au plus ancien… Quoi de mieux que, non pas le début des vacances (je n’en aurai pas hormis deux fois trois jours, une fois dans ma famille, une autre dans celle de mon homme) mais la fin de l’école, les grandes vacances depuis hier soir pour mes deux petits et donc un rythme plus calme pour débuter cet énorme rattrapage ?

Je commence avec un roman que j’ai choisi car il s’agit d’une histoire de trois générations de femmes, mais aussi un récit se déroulant au Portugal, à notre époque, un pays que je connais peu(Estoril n’évoquant pour moi que le nom d’un circuit de F1, activité que mon père suivait quand j’étais petite), que ce soit en vrai  mais aussi littérairement ou cinématographiquement.

Les filles d’Estoril nous plonge dans l’intimité, les histoires d’amour et les pensées très (tropà mon goût) girly de Leonor et Nana, deux trentenaires, cousines très proches l’une de l’autre, élevées presque comme des sœurs et dont les mères sont jumelles, tout ce petit monde vivant dans des maisons différentes mais sur le même terrain,  autour de Nuno, père de Leonor et seul homme de la propriété.

Très vite, au cours du neuvième chapitre le lecteur apprend un drame familial, concernant la mère de Nuno et l’on pressent également un secret.

Au cours de l’alternance du récit de chacune des femmes – hé oui, ce roman est éminemment féminin, les hommes n’y ont pas la parole, en tout cas pas directement – nous apprenons beaucoup sur cette famille aux liens très forts, sur les réflexions des jeunes femmes de notre époque et sur leurs mères, toutes proches mais bien différentes et aussi sur certains aspects de la culture et la vie portugaises.

Le seul chapitre dans lequel la monstrueuse Joana, la sœur de Nuno, s’exprime est glaçant. Elle vénère le dictateur Salazar : « Nous respections les valeurs que notre cher docteur Oliveira Salazar nous enseignait. » (p.281) Et elle raconte aussi :

Quand elle est devenue une « officielle » j’avais dix ans, je me suis tournée vers elle et je lui ai dit : « Madame, vous n’êtes là que parce que je le veux bien. J’ai déjà envoyé ma mère chez les fous ; c’est ce qui vous  arrivera si vous n’êtes pas mon amie » (…) je n’avais que dix ans, mais je savais  déjà très bien ce que je faisais et ce que je disais, je l’ai toujours su? (p.279)

L’histoire est intéressante dans son ensemble mais j’ai eu plusieurs petits problèmes avec ce roman. Tout d’abord le secret en est à peine un pour le lecteur qui le pressent assez vite, tout cela est cousu de fil blanc et puis par moments les vie de Leonor et Nana, leurs réflexions et « prises de tête » m’ont semblé un peu vaines (est-ce par ce que je suis mariée et non « en quête », comme elles ?) et, surtout, les deux derniers chapitres sont l’équivalent des fins des téléfilms ou comédies romantiques un peu clichés… le happy ending trop téléphoné où la vie sourit à plusieurs personnages, d’un coup,quasiment en même temps, cela m’embête… beaucoup.

Malgré cela je retrouvais mon roman, chaque soir, pour un chapitre (épuisement oblige je ne pouvais lire plus), avec plaisir (un plaisir inégal toutefois) mais le conseillerais surtout, et ça tombe bien certaines d’entre vous sont en plein dedans ou le seront bientôt, pour une lecture de vacances, dans le jardin, chez soi mais en congés, en train, en avion, sur un bateau, à la plage et que sais-je encore…

Estoril

Merci à Caroline des éditions JC Lattès pour l’envoi de ce roman.

Les filles d’Estoril – Margarida Rebelo Pinto – 2008 –  340 pages

17 avril 2012

« Shalom India Résidence » – Esther David

Où je me dis que décidément, chacun de mes voyages littéraires en Inde me plaît énormément et m’interpelle et résonne au plus haut point.

L’idée de départ de ce roman est ce qui m’a attirée : une communauté juive vivant à Ahmedabad, dans une résidence où cohabitent plusieurs générations de juifs Bene Israël, les juifs vivant en Inde ! Je dois admettre que j’ignorais jusqu’à leur existence (environ un milliers de juifs restant en Inde dans les années cinquante, « lorsque des centaines de milliers de juifs étaient partis pour la Terre promise» p.19) mais que le mélange des deux cultures m’intéressait beaucoup tout autant que la présentation de son auteur, en 4e de couverture, plus que plaisante :

Née en 1945 au sein de la communauté juive d’Ahmedabad, Esther David est peintre, sculpteur et historienne de l’art. Elle dispense une éducation alternative dans les bidonvilles.

Esther David

C’est donc avec tous ces éléments atypiques à mes yeux que j’ai ouvert les premières pages de ce livre, entre roman et recueil de nouvelles. En fait chaque chapitre porte le nom d’un personnage habitant dans la fameuse résidence. Ce chapitre peut être vu comme un tout indépendant mais est aussi étroitement lié à tous les autres chapitres et personnages. D’ailleurs chaque nouveau chapitre traite d’un personnage apparaissant déjà dans le précédent.

L’élément commun à tous ces chapitres qui font fi du temps qui passe – tous ne se déroulent pas exactement au même moment – est le prophète Élie qui ouvre le roman de sa visite à chaque appartement de l’immeuble Shalom India, nous présentant au passage chaque personnage. Un premier chapitre habité d’une fantaisie et d’un réalisme magique m’ayant fait penser par moments à Raphaël Confiant :

Le prophète Élie descendit alors sur Terre, pour se poser devant la porte de la résidence Shalom India d’Ahmedabad ; il s’arrêta devant une voiture, vit son reflet dans le pare-brise et tira un peigne de sa poche pour lisser ses boucles ébouriffées par le vent. (p.16)

Les différents récits sont très dépaysants, au point qu’ils m’ont poussé à cuisiner indien plus d’une fois tant les descriptions des repas et tenues éveillaient mes sens mais, heureusement, ce roman ne se contente pas d’ «exotisme» !

En nous décrivant les vies de Ezra, Sippora, Ben Hur, Juliet, Ezel et les autres, Esther David nous fait part du poids des traditions hébraïques et indiennes, toutes deux si écrasantes pour les jeunes, notamment en ce qui concerne les mariages. Au final les plus malheureux ne sont pas les mariages mixtes,  loin de là! On y découvre aussi que la judaïté ne fait pas toute l’identité (juive) des personnages qui rêvent parfois de vivre en Israël et se rendent compte qu’il s’agit d’une vie bien différente de l’Inde qu’ils connaissent et aiment. Nous vivons aux côtés des personnages les différentes étapes de leurs vies, la solidarité qui unit la plupart d’entre eux, les secrets, regrets et malheurs que certains partagent quand d’autres les enfouissent. Et puis l’auteur ne nous épargne pas les détails horribles mais pourtant vrais des émeutes ayant eu lieu en 2002, embrasant Ahmedabad qui jusqu’alors était un mélange paisible de familles hindoues, musulmanes, parsies et chrétiennes. Viols, personnes brûlées vives, décapitées… une claque violente qui émaille de temps en temps le récit, comme pour rappeler l’origine de cette résidence, les peurs de certains parents dont l’enfant fréquente une personne n’appartenant pas à la communauté juive.

Décidément, mes lectures indiennes me plaisent toujours énormément, celle-ci ne déroge pas à l’heureuse règle ! Je compte bien lire les deux autres romans de l’auteur dont Le Livre de Rachel qui a obtenu le prix Eugénie Brazier du roman gourmand (oh la la, vous le connaissiez, vous, ce prix ? C’est criminel de décerner une telle distinction, il va falloir que je me penche sérieusement dessus d’autant que j’ai bien deux-trois romans entrant dans cette catégorie dans ma PAL).

Merci à Agathe des Éditions Héloïse d’Ormesson pour ce très bel envoi.

Shalom India Résidence – Esther David – Éditions Héloïse d’Ormesson – 301 pages – 2012

4 février 2012

« Holy Smoke » – Jane Campion (1998)

Céline et moi continuons nos visionnages des œuvres de Jane Campion et avons décidé de vous parler aujourd’hui de Holy Smoke.

Ruth, jeune Australienne (interprétée par Kate Winslet, magnifique dans ce film, de sa beauté simple et naturelle), se rend en Inde et y a une révélation mystique et se retrouve sous l’influence d’un gourou, Baba. Sa famille, inquiète, la fait revenir en prétextant que son père est mourant et la laisse, pour quelques jours, avec , un «déprogrammateur » spirituel, P.J. Harvey (Harvey Keitel, que Campion retrouve après La Leçon de piano) qui a presque 100 % de succès.

Un programme très sensé, en plusieurs étapes. Le problème c’est que cette pratique est périlleuse, c’est pourquoi,habituellement, a quelqu’un qui l’assiste, au cas où il perde lui-même pied dans ce cheminement au cœur de l’esprit et de l’âme de ses patients.

Sauf que  là, P.J. se retrouve seul avec Ruth, dans une petite maison perdue au milieu du désert et que, très vite, au moment où Ruth est la plus vulnérable, le rapport de force entre ces deux êtres s’inverse, Ruth prenant le pouvoir sur un P.J. succombant passionnément à son attirance et son amour pour elle, au point de perdre la raison.

Comme à son habitue Jane Campion explore une étape–clé de la vie d’une femme forte, passionnée, qui a beaucoup d’énergie en elle mais qui ne sait encore à quoi la consacrer, qui, au fond, se cherche. À l’instar d’Ada, Ruth est en décalage avec son environnement social,en l’occurrence sa famille de middle-class australienne un brin vulgaire.

Les hommes sont tout d’abord montrés comme un frein à l’épanouissement de cette jeune femme, illustré par une scène pleine d’entrain dans laquelle Ruth chante à tue-tête sur Oughta know d’Alanis Morrissette dont le message est très clair : une femme en veut à un homme et le lui fait bien savoir, ne se laisse pas faire.

Mais, finalement, c’est grâce ou avec un homme que Ruth s’interroge et renaît à elle-même pour trouver sa voir qui la ramène, certes en Inde, mais de manière bien différente, toute personnelle cette fois.

La dénonciation des sectes n’a d’égal que celui de l’étau parfois écrasant de la cellule familiale : l’une comme l’autre, dans une société où les individus, déroutés, se cherchent plus en plus, parfois via le spirituel, n’est pas, selon Campion, la voie de l’épanouissement. La réponse est certes dans le spirituel, mais une spiritualité personnelle, inscrite dans un projet humaniste.

Ce film, je l’ai vu à deux reprises, à quelques jours d’intervalle, il y a quelques semaines. Certes, il est particulier et le propos peut sembler parfois survolé et à d’autres moments trop délirant mais j’ai apprécié ce nouveau portrait de femme et de retrouver Harvey Keitel dans un rôle passionné, encore une fois, bien que très très différent de celui de Baines, plus appréciable selon moi.

J’ai aussi beaucoup apprécié de trouver ma chère Pam Grier, que j’adore dans Jackie Brown (une autre femme forte!) et le lien unique qui  se crée entre Ruth et P.J. au-delà de l’attirance, de la sexualité, un lien profond,authentique, de deux êtres s’étant dévoilés plus que jamais à un autre être.

14 janvier 2012

« The Piano » / « La leçon de piano » – Jane Campion (1993)

  The voice you hear is not my speaking voice -but my mind's voice. I have not spoken since I was six years old. No one knows why - not even me. My father says it is a dark talent, and the day I take it into my head to stop breathing will be my last. Today he married me to a man I have not yet met. Soon my daughter and I shall join him in his own country. My husband writes that my muteness does not bother him - and hark this! He says, "God loves dumb creatures, so why not I?" 'Twere good he had God's patience, for silence affects everyone in the end. The strange thing is, I don't think myself silent. That is because of my piano. I shall miss it on the journey.

XIXe siècle. Ada McGrath (la charmante et talentueuse Holly Hunter) et sa fille, Flora (Anna Paquin dans son plus beau rôle… pour ne pas dire son seul beau rôle !) quittent l’Écosse et la demeure de son père qui l’a mariée à un propriétaire terrien néo-zélandais, Alistair Stewart. Ada est mutique, sa voix :  son piano et sa fille… mais surtout son piano, avec qui elle a un lien sensuel, au sens littéral, qu’elle connaît les yeux fermés.

Elles sont débarquées sur une plage vaste et nue, à l’image de leur perception d’un monde qu’elles ne connaissent pas. La seule préoccupation d’Ada est son piano, enfermé dans une grande caisse de bois qu’elle rompt assez pour pouvoir y passer la main et en jouer, en aveugle.

Son futur mari (Sam Neill) arrive. Ses employés (des Maoris) et son voisin Baines prennent les affaires d’Ada… sauf son piano car ils ne sont pas assez. Cet instrument, coeur du film et cher au coeur d’Ada, reste esseulé sur la plage, à prendre l’eau : la marée montante et la pluie.

Baines (le grand, ambigu et incroyable Harvey Keitel), voisin de Stewart, est un homme proche des Maoris dont il a adopté le mode de vie et certaines coutumes, dont il connaît la langue aussi. Il amène les deux Écossaises rendre visite au piano, toute une journée sur la plage. La musique le séduit. Peu après il propose à Stewart de lui vendre le piano ; celui-ci accepte.

Baines passe alors un étrange marché avec Ada, qui le trouve rustre et n’accepte pas l’idée qu’il puisse toucher son piano. Alors qu’officiellement elle lui donne des cours de piano, lui veut caresser des yeux, puis plus, la jeune femme, en échange des touches de piano qui lui permettront de regagner sa voix peu à peu.

George à Ada : Undo your dress. I want to see your arms. Play. Two keys. (Détache ta robe. Je veux voir tes bras. Deux touches du piano.)

Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour Ada. Regagner son piano, sa voix, se découvrir. Une découverte, un éveil d’elle-même qui, une fois la stupeur des propositions de George Baines passée, se fera dans la sensualité, le désir, les étreintes passionnées et la force des sentiments. L’amour pour une femme «cassée », en déséquilibre, qui peu à peu va se réparer… Il en est peut-être aussi de Baines, qui cherche quelque chose qui lui manquait et donc la beauté et la force des sentiments est touchante, belle, émouvante, surtout quand il se sent impuissant à protéger sa pianiste.

la lecon de panio

Tout cela sur fond de Nouvelle-Zélande… une contrée aux paysages tourmentés filmée avec amour, dans des plans magnifiques, terre de contrastes  à l’image d’Ada/George, Ada/ et encore Ada/Ada, en lutte avec elle-même. Des paysages et des lumières magnifiques qui contribuent à m’enchanter, me porter à chaque fois que je vois ce film.

La première fois devait être en 1995, un peu trop tôt peut-être pour mettre des mots sur ce que j’avais vu, comprendre pleinement ces émotions. Choquée aussi par la violence, sous-jacente ou non. Puis l’an dernier je l’ai enfin revu après tant d’années… choc cinématographique ! Ce que je nomme ainsi est un choc complet, quand le sujet, la réalisation, les acteurs (même la petite, très douée dans son rôle, belle en naïade légère et dansante sur la plage, énervante quand elle « rapporte »… -  je ne puis en dire plus…), la lumière, la photo et la musique sont parfaits et passionnent véritablement… tant que j’ai encore vu deux fois en décembre, là, il y a quelques semaines. Un film qui à chaque fois m’habite pendant plusieurs jours…  La Palme d’Or et les autres récompenses pour le film et son équipe (un autre prix à Cannes, trois Oscars, etc.) sont bien sûr plus que méritées, Jane Campion ayant été, soit dit en passant, la première femme a avoir eu la Palme d’Or.

Ces chocs, j’en ai eu peu dans ma vie de cinéphile passionnée… Un film comme un absolu du cinéma…

Quant à la musique (Michael Nyman) que je viens d’évoquer, la voix d’Ada justement, mais bien plus aussi, elle transcende le film et le spectateur… des jours après elle était encore présente dans mon esprit, belle et tourmentée.

The Piano ne pouvait être que le projet d’une femme. Jane Campion (néo-zélandaise, réalisatrice et scénariste de ce film) a cet amour et cette compréhension infinie des femmes, de leurs recherches, leurs envies parfois troubles, violentes, ambiguës, et de leurs quêtes. Elle filme Holly Hunter avec cette profonde bienveillance et cette curiosité auxquelles l’interprète répond avec justesse, intensité, force et passion… pourtant sans un mot mais avec une énergie incroyable.

Jane Campion

Une vision que j’explorerai au cours des semaines à venir avec ma chère Céline, en vous présentant d’autres films (tous normalement) de cette grande réalisatrice.

 Jane Campion chez Céline et Sabbio

Un billet également à la tonalité (vous remarquerez que le billet on ne peut plus adapté…)

Je vous laisse découvrir cette vidéo qui exprime tout. Je ne l’avais jamais vue, je viens de la trouver pour vous, la vidéo officielle apparemment. Elle me remet dans cet état si particulier : frissons, souffle coupé, intensité. Plus un bruit, savourez :

5 novembre 2011

« Les heures silencieuses » – Gaëlle Josse

les heures silencieuses Vu le nombre de billets littéraires que j’ai à écrire, je crois que je vais débuter par le plus récent, histoire de ne pas me décourager.
Un billet portant sur un roman lu en peu de jours et terminé hier soir, Les heures silencieuses, premier roman de Gaëlle Josse.
Le tableau Intérieur avec femme au clavecin est une œuvre du peintre hollandais Emanuel de Witte (1617-1692). Un tableau énigmatique, à la composition singulière (une femme pose, de dos) qui a inspiré Gaëlle Josse qui a imaginé la vie de cette femme qui s’adresse au lecteur à travers les pages d’un journal intime d’à peine un mois (novembre-décembre 1667).

Je m’appelle Magdalena Van Beyeren. C’est moi, de dos, sur le tableau. (p.11)
Intérieur avec femme au clavecin

Ainsi s’ouvre le roman qui nous transporte dans la Hollande du XVIIe siècle.  Magdalena, épouse d’un administrateur de la Compagnie maritime  qui fait commerce avec les Indes orientales, nous livre son quotidien, les raisons de la composition de ce tableau, ses pensées intimes, ses regrets, ses fantasmes, ses souvenirs et souffrances empreints de tristesse.
Elle évoque son amour pour la musique et la pratique de son instrument (son épinette), seuls plaisirs qui restent à cette femme de plus en plus esseulée :
Elle est ma mémoire et ma voix, c’est auprès d’elle qu’il m’importait d’être représentée (p.15) Une phrase qui n’est pas sans me rappeler le merveilleux film La leçon de piano…
Magdalena partage aussi les douleurs des femmes de cette époque. La stérilité subie et le ressentiment du mari qui en découle, la perte de nombreux enfants, l’éternelle place de la femme, derrière le père, derrière le mari, les unions très souvent décidées par le père, le lit délaissé par le mari.
Elle nous offre aussi ses considérations sur l’esclavage :
Je ne sais si cela est juste de transporter des êtres semblables à nous, tels des sacs de noix de muscade ou des tonneaux de cannelle.
Nos voyageurs rapportent qu’en ces endroits, les femmes enfantent de la même façon que nous, dans les cris et dans le sang. Meurs nouveaux-nés ressemblent aux nôtres, exception faite de leur couleur, et elles les nourrissent avec grand soin, paraît-il.
Notre gouvernement interdit l’esclavage sur ses propres terres, je ne sais donc pourquoi il le permet ailleurs. Ce qui paraît sensé dans nos Provinces-Unies doit l’être tout autant sous d’autres cieux, me semble-t-il.  (p.107)

Malgré ces qualités j’ai parfois, souvent même, trouvé le propos artificiel. Ainsi, l’évocation d’une autre femme ayant fait appel à Vermeer (occasion de nous parler des techniques picturales du peintre), l’historique concernant les colonies hollandaises, la situation des Pays-Bas, l’explication de ses choix concernant le tableau sont trop didactiques je trouve, presque comme un exposé, comme si l’auteur avait fait de nombreuses recherches et avait souhaité nous montrer qu’elle connaissait son sujet… bref, parfois le propos semble peu naturel pour un journal, des pensées livrées avant tout à soi-même.

Une lecture douce, agréable et touchante néanmoins pour ce livre voyageur, évocation de la condition féminine et de la vie qui passe, prêté par Chaplum que je remercie pour son infinie patience !
Challenge histoire
Les heures silencieuses – Gaëlle Josse
Autrement – 135 pages - 2011

17 juin 2011

« A working mother » – Agnes Owens

a working... I loved and hated him with an equal intensity. (p.25)

Voici la définition de la relation de Betty  et son mari, Adam. Il est au chômage, elle lui annonce qu’elle compte trouver un emploi et divorcer et il faut bien avouer que cela ne semble lui faire ni chaud ni froid! Lui a fait la guerre (les Malouines?) et s’en sert comme d’une explication à tous ses dysfonctionnements quand Betty, qui souhaite une vie meilleure pour ses deux enfants et elle ne peut s’empêcher de coucher avec Brendan, le meilleur ami de Adam avec qui elle pourrait même envisager un autre avenir.

À cela s’ajoutent une patronne d’agence d’intérim aux multiples carrières, un patron étrange et libidineux et une collègue mère célibataire au maquillage outrageux et nous voilà immergés dans les classes populaires écossaises, leurs rendez-vous dans les pubs, les télés qui gardent les enfants, le racisme quotidien (“Give her five bob for Christ’s sake”, said my father. “She’s your daughter, not some bloody Arab”. “Or communist”, I added p.87), les costumes achetés à crédit, les vacances d’une journée et l’alcool!

Oui, l’alcool a une place de choix puisqu’il est le ciment entre l’héroïne et son mari, le seul lien qui leur permette de se supporter. De plus ce liquide chéri par le couple accompagne Betty jusqu’à la fin du roman, une issue que j’ai trouvé injuste pour elle puisque c’est le personnage qui essaie le plus de changer, de sortir de sa condition, d’évoluer!

Un roman dans lequel Agnes Owens mêle réalisme social, humour (noir souvent) et  phrases cinglantes pour nous livrer une histoire au ton vrai et profondément triste.

Merci à Cryssilda de m’avoir prêté ce roman qui me permet d’inaugurer le mois « kiltissime » écossais mais aussi de contribuer au challenge littérature britannique.

mois écosse

Challenge-anglais

Lu en lecture commune avec la même Cryssilda!logo LC

A Working Mother– Agnes Owens (1994)

Bloomsbury– 187 pages - 1994

11 juin 2011

La colline de l’ange – Reinaldo Arenas

la colline de l'ange La Havane, au XIXe siècle, en pleine période esclavagiste. La belle Cecilia Valdés, jeune mulâtresse à la peau claire,  est, comme ses aïeules avant elle, amoureuse d’un jeune propriétaire terrien blanc qui lui promet le mariage, l’amour et tout ce qu’elle souhaite entendre. Outre les mensonges du jeune homme en question et le racisme prégnant, l’autre petit problème qui se dresse entre eux (mais qui leur est inconnu) est qu’ils sont demi-frère et sœur.

Une histoire d’esclavage, de quête de liberté, d’amour, de répétitions familiales, de déclin et d’horreur. Tout cela enrobé de tradition littéraire, de critique mais aussi et surtout d’humour, de burlesque, de farce, de « délires » reinaldiens savoureux !

Il faut que je précise que ce roman est une parodie d’un classique cubain, plus édité d’ailleurs, le Cecilia Valdés de Cirilo Villaverde, paru en 1882. Reinaldo Arenas a jugé que reprendre une intrigue existante est une trahison littéraire, certes, mais que celle-ci est traditionnelle (Eschyle, Sophocle et Euripide repris bien des siècles plus tard) utile et positive, qu’il s’agit en fait de l’essence même de la création puisqu’ainsi « on peut faire preuve d’une bien plus grande originalité créatrice, car libéré du souci d’une intrigue spécifique, on atteint l’essence pure de l’imagination, donc de la véritable création. »

Ainsi, débarrassé du souci de l’intrigue, Reinaldo Arenas s’en donne à cœur joie pour aller plus loin que l’auteur originel de la Cecilia. Bien que n’ayant lu l’œuvre du XIXe siècle, déjà fortement anti-esclavagiste, j’ai pu percevoir les libertés de Reinaldo Arenas. Ainsi, il dépeint toute une galerie de femmes, fortes, passionnées voire excentriques mais aussi des scènes inattendues tant elles sont absurdes, ridicules ou irréelles et, là où triomphe le génie d’Arenas, c’est que celles-ci s’intègrent parfaitement au récit! Et derrière chacune de ces scènes se cache, est dénoncée une injustice, une situation injuste et sont révélées les valeurs d’Arenas.

Sous l’effet d’une chute aussi vertigineuse, ou du vent assez fort du crépuscule tropical, ou sous les deux effets conjugués, il se trouva que les vastes jupons de la dame, en tombant à l’eau, se gonflèrent en un globe énorme ; il en fut de même de son corsage à manches gigot, et des bords immenses du chapeau qu’elle avait remise sur sa tête. Ainsi, en quelques secondes, cette dame phénoménale prit la configuration efficace d’un gros voilier puissant qui, poussé par le vent, quittait déjà la baie et franchissait le golfe du Mexique pour entrer, toutes voiles dehors, dans l’océan Atlantique. (pp. 85-86)

Parmi les femmes fortes, Isabel, fille de propriétaire terrien, esclavagiste qui est folle tant elle rationnalise et compte tout! Elle fait presque penser au lapin blanc d’Alice car elle consulte toujours sa montre :

Ma chère, répondit Isabel, nous resterons vingt-quatre heures, vingt-cinq minutes et une seconde seulement. J’ai calculé, avec une précision indiscutable, que si notre séjour ici n’excède pas  cette durée, nous pourrons arriver à la caféière juste à temps pour le décompte des grains secs. (p.74)

Et j’ai failli oublier les inénarrables et jouissives mises en abyme telles que :

L’auteur du roman! L’auteur su roman! Ne me racontez pas d’histoires, mademoiselle, car je vous ai surprise à faire et à dire des choses que l’auteur du roman, dont vous prétendez être un personnage, ne vous aurait jamais permises, sûr et certain! (p.131)

De plus, d’un point de vue purement formel, j’ai vraiment beaucoup aimé la construction du roman divisé en courts récits, chacun présentant un point de vue, un événement. Ils se répondent, s’enchaînent de manière fluide (même en cas d’ellipses) en construisant la trame de l’histoire.

Enfin, tout au long du roman, le lecteur assiste, malgré l’humour et la satire, à une tragédie dans la plus pure tradition antique (le fils défiant le père qu’il ne connaît pas et le blessant mortellement, une jeune fille qui tombe amoureux de son demi-frère, la répétition et la malédiction familiales) qui baigne dans un pamphlet anti-esclavagiste, une ode criante à la liberté de chaque individu.

En ce qui concerne la traite, il  ne faut pas traîner, car l’envie et la méchanceté mènent le monde (…) Après l’interdiction par les Anglais du trafic de bois d’ébène, il s’est installé au Brésil où il s’est marié avec une centaine de négresses à la fois. À présent, c’est lui qui fabrique des petits négros qu’il revend à prix d’or.

Don Cándido éclata de rire :

L’affaire n’est pas mauvaise! (pp.75-76)

Mais bien sûr!…

Une œuvre vraiment très originale, très réussie qui a réussi à m’indigner autant qu’à me faire rire… une première lecture de Reinaldo Arenas qui s’avère être un coup de cœur! Cela tombe bien puisque sous l’impulsion du mois cubain et de l’adoratrice de Reinaldo Arenas j’ai un autre roman de cet auteur dans ma PAL.

La colline de l’ange – Reinaldo Arenas (1987)

Actes sud, collection Babel – 177 pages - 2002

mois cubain

reinaldo-arenas

16 avril 2011

« Cent portes battant aux quatre vents » – Steinunn Sigurdardóttir

Brynhildur est une femme en tout début de cinquantaine qui vient passer quelques jours à Paris, seule. Paris, le « lieu du souvenir » (p.11), la ville où elle a passé quelques années à étudier à la Sorbonne, sa ville de cœur.
C’est le cas de le dire puisque c’est en ce lieu qu’elle vit, à cinquante ans, une passion brève mais intense avec le très plaisant Tahar mais aussi là qu’elle a rencontré un homme (son professeur de grec) qui l’a marqué à vie, un amour de jeune fille, jeune femme, un amour secret qui devient obsession. Un amour ni vraiment partagé ni concrétisé. Bref, un amour qui l’a hantée toute sa vie d’adulte. Enfin, c’est aussi à Paris que son amour pour son futur mari naît et se concrétise. Trois hommes, chacun sa partie de ce roman.
Une histoire dramatique pour Bárdur, le mari de la narratrice. Il l’aime, c’est un homme attentionné et qui comprend très bien le cœur de sa femme. Pourtant, « là où le bât blesse, c’est que je ne suis jamais tout à fait présente à moi-même, et encore moins  lui. » (p.114) En fait elle a comme étalonné sa vie en fonction de du professeur de grec qu’elle a cristallisé pendant plus de vingt ans :
… peu importait la douceur de bien des choses que j’allais connaître dans le vie, elles ne seraient vécues qu’à l’ombre de ce soir-là, pas à sa lumière, et c’est aussi le sort que partage mon mari… (p.74)
Et puis il y a un quatrième homme, en filigrane tout au long du roman : le père de la narratrice, poète comme l’auteur d’ailleurs et qui a transmis à sa fille l’amour de sa terre, de son île et de la Nature. Ce sont là, pour moi, les plus belles pages de ce roman.
En effet, les errances mentales de Brynhildur m’ont intéressées mais jusqu’à un certain point. Plus j’en apprenais sur son mari et sa vie en Islande et moins j’ai compris… pourquoi cette insatisfaction, ce blocage alors que son mari et ses filles semblent si merveilleux et qu’elle a étudié ce dont elle avait le plus envie?
Donc, ainsi que je l'écrivais plus haut, les vingt dernières pages sont les plus belles, celles où la narratrice évoquent deux hommes très semblables, son mari et son père, deux amoureux de la Terre, l’Islande, la Nature. Deux hommes qu’elle admire, qui la passionnent et qui m’ont touchée :
Encore aujourd’hui, Bárdur me donne les dernières nouvelles en provenance des entrailles de la terre et des histoires en formation des sols à n’en plus finir. Rien ne me fascine autant que la roche. J’entrerais tout droit au cœur d’une falaise, si elle daignait s’ouvrir. (p. 105)
Mais aussi, en parlant de son mari et de son père :
Mes compagnons de voyage étaient si bien charpentés qu’il s’en fallait de peu que le pays lui-même ne pâlît autour d’eux. L’enfant septuagénaire de la nature, mon papa, préfère encore aujourd’hui dormir à la belle étoile plutôt que dans un refuge. Les vents peuvent souffler sur Thormódur l’homme des fjords de l’ouest, ils sont toujours du bon côté. (p.107)
Un roman sur le chagrin d’amour, thème qui semble également intéresser l’auteur dans d’autres écrits, sur le temps qui passe en laissant des souvenirs prégnants mais, surtout, une déclaration d’amour aux racines d’une femme qui s’est perdue et essaie de se retrouver en terre étrangère.
Une lecture dont les dernières pages sur la Nature et des êtres passionnées m’ont donné envie d’essayer d’autres œuvres de Steinunn Sigurdardóttir.
Un roman dont j’ai entendu parler chez Stephie. Et un grand merci à Chloé des éditions Héloïse d’Ormesson   pour m’avoir permis de le découvrir!

Cent portes battant aux quatre vents – Steinunn Sigurdardóttir
éditions Héloïse d'Ormesson – 124 pages - mars 2011

12 avril 2011

« Compartiment pour dames » – Anita Nair

Il est des récits qui, dès les premières lignes, savent conquérir le lecteur. Compartiments pour dames  en fait partie!

Voilà donc Akila. Quarante-cinq ans. Sans lunettes à verres roses. Sans mari, ni enfants, ni foyer, ni famille. Rêvant d’évasion et d’espace. Avide de vie et d’expérience. Brûlant d’aller à la rencontre des autres.

(p.11, ces lignes avaient fini de me conquérir!)

Akhila, quarante-cinq ans et célibataire, a pris soin de sa famille (sa mère, ses frères et sa sœur tous plus jeunes qu’elle) à la mort de son père, alors qu’elle n’avait pas vingt ans. Au fil des ans elle s’est endurcie et n’a jamais vécu pour elle… jusqu’à ce que, n’en pouvant plus de vivre sous le regard toujours accusateur de sa sœur, elle décide, sur un coup de tête, de prendre le train.

Dans le compartiment pour dames dans lequel elle se retrouve elle rencontre cinq autres femmes qui incarnent toutes les facettes des femmes indiennes. Une rencontre décisive pour Akhilandeswari (comme personne ne l’appelle plus) qui, en écoutant les confidences de ces autres femmes, va enfin essayer de se retrouver, se respecter, s’écouter et vivre la vie dont elle rêve.

Ma découverte d’Anita Nair est un coup de cœur ! Une lecture complémentaire et tout aussi savoureuse que Mes sacrées tantes. Voire plus car ici Anita Nair nous présente l’Inde actuelle où les femmes, bien que toujours compartimentées dans une case définie par la tradition aspirent, pour la plupart, à s’affirmer, s’émanciper et être les femmes qu’elles souhaitent vraiment. Car oui, le compartiment pour dames vise à les protéger, leur définir un espace propre mais, au final, n’est-ce point plutôt un espace réducteur voire emprisonnant ? Comme le dit si justement Karpagam , une amie d’enfance qu’Akhila croise par hasard :

De mon point de vue, il est naturel qu’une femme veuille paraître féminine. Et cela n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit mariée ou que son mari soit vivant ou mort. Qui a décidé de ces lois? Un homme qui ne supportait pas l’idée que s’il mourait, sa femme continuerait de plaire à d’autres hommes. (p.327)

Et là tout le propos du livre se trouve magnifiquement résumé ! Écho aussi à ce qu’avait dit la grand-mère de la plus jeune des passagères qui lui conseille de se plaire, de se faire belle pour elle-même et non pour un homme.Voilà à quoi devraient avoir droits les femmes selon Anita Nair. Je ne peux qu’être d’accord et applaudir. Comme j’ai applaudi en lisant :

Prabha Devi décida qu’elle allait apprendre à nager toute seule. Personne ne lui avait expliqué comment accueillir son mari en elle. Ni montré comment allaiter ses enfants. C’est l’instinct qui avait fait son travail. Il lui faudrait simplement faire à nouveau confiance à cet instinct. Après tout, elle avait bien passé neuf mois à nager dans l’utérus de sa mère. (p.305)

Ce livre a beau être un roman, par la forme des récits multiples cela pourrait presque être un recueil de nouvelles, genre auquel s’est également essayé Anita Nair. J’ai été très sensible à la poésie de ce livre, notamment l’art de nous décrire sens, odeurs et saveurs qui m’a séduite dès les deux premières pages :

Le jasmin enroulé dans des chevelures, la sueur et la brillantine, le talc et la nourriture rance, les sacs de jute humides et l’odeur verte des paniers de bambou fraîchement tressés. (p.9)

et pour la poésie pure :

Rien ne bouge sauf le train. La lune, accrochée à son épaule, l’accompagne. (p.10)

Moi qui aime beaucoup cuisiner en m’inspirant des plats et saveurs indiennes je dois dire que pendant toute ma lecture et même depuis j’en ai encore plus envie que d’habitude, Anita Nair m’ayant régalé les papilles…

J’ai également été touchée, sensible à certaines histoires. J’ai été conquise par celle de Margaret, professeur de chimie. Dès les premières lignes j’ai su que je l’adorerais! Cette poésie des mots, cette métaphore de l’amour et autres sentiments comme des éléments chimiques et, surtout, l’intelligence et le savoir-faire de cette femme m’ont épatés !

L’amour et un liquide incolore et volatil. L’amour enflamme et brûle. L’amour ne laisse aucun résidu : ni fumée, ni cendres. L’amour est un poison déguisé en esprit-de-vin. (p.171)

Ensuite, celle de Prabha Devi, quelle femme ! Elle a su se retrouver et avoir le courage de se lancer dans la vie, dans ses rêves. Enfin, bien sûr, Akhila m’a beaucoup touchée, notamment quand on constate sa vie avant le décès de son père, son histoire d’amour ou quand, une fois sa liberté gagnée, sa sœur la replace, de manière cruellement inattendue, sous le joug familial. À maintes reprises des phrases sur la place de la femme « traditionnelle » choquent, indignent, révoltent mais le ton de ce roman est résolument optimiste finalement !

Bref, je suis plus que ravie d’avoir découvert cet auteur et d’avoir une vision plus moderne de la condition féminine en Inde. Les femmes y sont encore à un croisement : elles peuvent prendre plus de libertés toutefois, le poids des traditions reste écrasant pour la grande majorité d’entre elles !

Je compte bien lire d’autres œuvres d’Anita Nair très vite ! J’espère qu’il en sera de même pour mes compagnes de lecture commune ! J’ai en effet partagé cette découverte (prévue pour le 8 puis pour hier) avec Manu, Soukee, Malo, Hilde et Sharon.logo LC

Une lecture qui rentre, un peu en retard, dans le cadre du Mewar Festival d'Udaipur (challenge de Hilde et Soukee) qui avait lieu du 6 au 8 avril.

Compartiment pour dames – Anita Nair

Picquier poche – 443 pages - 2004

8 avril 2011

« Emma » – Jane Austen

emmablog2 Enfin j’ai terminé (il y a quelques jours) la lecture de ce roman initialement prévu pour une lecture commune le 8 mars!
Highbury, années 1810. Emma Woodhouse est une jeune femme de vingt-et-un ans qui a tout pour elle,  « handsome, clever and rich » (belle, intelligente et riche)(p.5) et qui a connu très peu de contrariétés dans sa vie d’autant que son père et sa gouvernante, Mrs Weston (née Miss Taylor) l’ont souvent laissé faire selon ses envies. Régnant presque sur la petite communauté codifiée de Highbury elle se réjouit, dans les premières pages, d’avoir été à l’origine du mariage de sa chère miss Taylor avec Mr Weston. Ainsi, pensant être douée pour arranger des unions, elle trouve ses prochaines « cibles » en Mr Elton et Harriet Smith, une jeune femme innocente et naïve qu’Emma a pris sous son aile, se sentant seule après le départ de sa gouvernante. Autour de ce petit monde gravitent Mr Knightley, ami de longue date de la famille, le seul à taquiner voire à critiquer Emma et les femmes Bates, mère et fille. Puis, la narration est relancée quand Jane Fairfax revient chez sa grand-mère et sa tante (les Bates) et que Franck Churchill vient rendre visite à son père et sa belle-mère, Mr et Mrs Weston.
Emma et son talent autoproclamé iront, au fil du roman, de surprises en déconvenues.
J’ai retrouvé, avec ce roman, Jane Austen après plus de dix ans sans lire un seul de ses livres! Ma découverte de son univers s’est faite lors d’une séance de cinéma avec la classe d’anglais, au collège, pour « Sense and Sensibility ». J’avais vraiment beaucoup aimé! Puis, deux-trois ans après, une amie et moi nous sommes plongées dans Pride and Prejudice, le livre et, surtout, le visionnage de la version de la BBC (oui la fameuse avec cette adorable Jennifer Ehle et, surtout, le grand Colin!)… de nombreux fous rires à deux, surtout en raison de Mrs Bennett!
Pour en revenir à ma lecture, en version originale d’où un rythme un peu plus lent, j’ai eu plaisir à retrouver l’univers austenien de cette époque et j’ai beaucoup aimé Emma malgré ses défauts. Parfois elle se laisse aller à des préjugés, notamment à l’égard de Jane Fairfax qui, pourtant, lors de sa première description (pp.125-126), m’a beaucoup plue. Elle est aussi méprisante enversr Harriet et les fermiers! «… with Mr Martin again without perceiving him to be a very inferior creature » (p.26)Tout cela m’a fortement déplu, il est vrai.
Mais, comme un certain George Knightley j’ai trouvé ses qualités plaisantes et touchantes! Ainsi, lors d’un pique-nique Emma blesse, par ses mots, miss Bates qui n’est ni « young, handmsome, rich nor married » (jeune, belle, riche ou mariée) (p.17) et qui a « no intellectual superiority » (aucune supériorité intellectuelle) (p.17) mais que tout le monde apprécie. Suite à cet épisode et aux remontrances de Mr Knightley, elle réalise et se repent sincèrement de l’humiliation qu’elle a provoquée! De plus elle est très attentionnée avec ses amis ainsi qu’avec les « nécessiteux » de Highbury.
Un autre personnage doté de ces deux dernières qualités est George Knightley (son nom faisant d’ailleurs référence au « chevalier »… tel un chevalier servant?)qui m’a vraiment beaucoup plu. Clairvoyant, franc et honnête, il est le seul à parler sans détours  à Emma, à la remettre à sa place quand il le faut.
I must, I will, — I will tell you truths while I can, satisfied with proving  myself your friend by very faithful counsel… (p.284)
De plus il est attentionné et généreux (avec les femmes Bates qui ont peu d’argent) ainsi qu’avec Harriet lors d’une scène humiliante de bal.
Au fil des chapitres j’ai perçu que Knightley et Emma flirtaient parfois. Eet puis on peut dénoter à, plusieurs reprises que, étrangement, il s’énerve dès qu’Emma parle de Franck Churchill quand celle-ci s’emporte quand Mrs Weston ose suggérer que Knightley pourrait être intéressé par Jane Fairfax!
Nonsense! He does not care about Jane Fairfax. (p.170)
Mrs Elton est également un personnage très austenien, de ceux qu’on se plaît à détester.  Elle m’a insupporté d’emblée, comme elle a insupporté Emma. Méprisante, hautaine, égocentrique et vulgaire, elle arrive à Highbury comme une conquérante et apprécierait que tout ce petit monde tourne désormais autour d’elle, dépende d’elle et de ses entrées dans la haute société extérieure à Highbury :
It would be a charming introduction for you, who have lived so secluded a life ; and I could immediately secure you some of the best society in the place. (p.207)
Enfin, Mr Woodhouse m’a fait rire à plusieurs reprises car, hypocondriaque, de mauvaise foi et égoïste, il est le pendant positif de Mr Fairlie inventé par Wilkie Collins. Ainsi il refuse de nommer Mrs Weston par son nom de femme mariée et il dit toujours d’elle « poor miss Taylor » comme si le mariage était une malédiction alors que, tout simplement, elle lui manque.
Il y aurait tant d’autres choses à écrire sur ce roman, comme sur toutes les œuvres de Jane Austen souvent perçues, au mieux, comme « légères », au pire comme « sans intérêt ou à l’eau de rose »… Je ne suis pas d’accord avec ces jugements hâtifs ; derrière une légèreté apparente propre à ce roman, plus qu’à d’autres, il y a, comme toujours chez cet auteur, un véritable témoignage de la condition des femmes de cette époque! Et puis il y a même des considérations politiques comme quand Jane Austen évoque l’horreur de l’esclavage par le discours que tient Jane Fairfax à l’insupportable Mrs Elton en parlant de « Offices for the sale — not quite of human flesh — but of human intellect.» (p.227) comparant ainsi l’esclavage et le “« marché » des gouvernantes. En effet, Jane Fairfax a été élevée dans une famille riche, les Campbell, mais n’ayant pas elle-même d’héritage devra soit se marier avec un homme riche soit travailler pour s’assurer un avenir décent. Nous en revenons donc à la condition féminine, les femmes étant presque toujours dépendantes du bon vouloir d’un homme pour avoir une existence qui leur convienne. Toutes sauf Emma, une héroïne austenienne atypique qui n’a aucun besoin d’argent et qui choisit donc le mariage d’amour sans aucune autre considération, si ce n’est le bien-être de son père.
emma7b
Par contre, j’ai une réserve quant à l’usage que Jane Austen a fait des préjugés et peurs liés aux gitans. Ainsi, elle s’en sert comme d’un ressort dramatique pour relancer le récit et perturber la société confortable de Highbury. De plus, parfois, j’ai trouvé des passages un peu trop lents, à moins qu’ils n’aient été longs.
Malgré ces petits bémols, Emma a été une lecture qui m’a fait du bien et m’a donné envie d’aller faire un tour dans les vertes prairies vallonnées d’Angleterre. De plus elle m’a mise dans l’ambiance de ma correspondance.
Emma – Jane Austen
Penguin Popular Classics– 367 pages – 1994
Les superbes illustrations ajoutées à ce billet apparaissent dans l’ouvrage complet sur Jane Austen, Jane Austen 8 Books in One. Si une bonne fée ou un charmant génie passe par là…
Vous pouvez retrouver de nombreux billets sur ce roman, notamment chez Alice (cela va de soi!), Lou, Nane, Maggie, Lili Galipette, Irrégulière que je n’ai pas encore lus puisqu’ayant fini ma lecture du roman il y a peu.
Et ce roman est un « catalyseur de challenges » ^^ puisqu’il me permet d’honorer :
Challenge Jane Austen 1 Challenge-anglais avec l’option Queen mom et aussi le challenge Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie
EDIT : et aussi le challenge d'Alice 

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Pour parfaire mon plaisir j’ai regardé, mercredi soir le Emma de 1996, réalisé par Douglas McGrath avec Gwyneth Paltrow dans le rôle-titre.
Ce long-métrage qui est, pour moi, la version la plus connue, me laisse perplexe. Dans l’ensemble, j’ai apprécié d’autant qu’il respecte en grande partie le déroulement du roman et qu’il en explicite voire accentue les ressorts comiques ou tragiques. Ainsi, la scène où Mr Elton tapote à plusieurs reprises l’épaule d’Emma m’a fait sourire, ainsi que celle où Emma, Mr et Mrs Elton, leur tasse de thé à la main, n’ont rien à se dire. Il en est de même pour la scène où Emma blesse Miss Bates (très touchante) et pour celle où Harriet est attaquée par les gitans, beaucoup plus oppressante et violente que dans le roman!
Emma and Harriet
J’ai également apprécié la présentation des génériques, ces petits portraits des personnages et des propriétés, original et utile pour savoir qui est qui. Il en est de même pour les dialogues qui se répondent, traversent plusieurs scènes.
Enfin, j’ai apprécié l’inventivité des procédés comme le dialogue final de Mrs Elton à la caméra. D’ailleurs, elle est très bien interprétée par Juliet Stevenson (que je ne connaissais pas). De plus, Mr Knightley est tout simplement charmant, à l’image de celui du roman et Emma est plaisante. Quant à miss Bates, elle apparaît bien plus sotte et bavarde que dans le roman.
Pourtant, certains passages m’ont semblé ennuyeux, ou plutôt sans substance, trop léger peut-être d’autant que les considérations sur la femme ou la réflexion de Jane sur les gouvernantes ont été gommées!
De plus, le choix de certains acteurs ne m’a pas convaincu : EwanMc Gregor est très bien mais sa coiffure! Ah non! Et Jane Fairfax, incarnée par une actrice très belle (comme est supposé l’être son personnage), Polly Walker (la vénéneuse matriarche dans « Rome ») est bien trop âgée. Emma et elle sont censées avoir vingt-et-un ans, or cette actrice fait bien plus! Il en est de même pour Harriet Smith qui est censé avoir dix-sept ans! J’aime beaucoup, j’adore même le travail de Toni Collette mais là je trouve qu’elle n’a pas l’âge de son personnage bien qu’elle l’interprète à merveille!
Jane and Franck
Enfin, la fin est précipitée, il n’y a pas toutes les nuances liées à Harriet et au père d’Emma (peu présent d’ailleurs), c’est dommage.
Malgré tout j’ai passé deux heures agréables mais, en raison de mon expérience transcendante du « P&P » 1995 version BBC ( qu’il faut d’ailleurs que je m’offre pour les revoir), je me dois de conclure que, décidément, seule la BBC peut honorer l’univers austenien avec maestria!
Et voilà que je commence à honorer tea cup ainsi que, bien sûr, Challenge Jane Austen
EDIT : Et aussi le challenge d'Alice