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9 juin 2012

Ray Bradbury à l’honneur !

Le 5 juin le grand Ray Bradbury, auteur américain, est décédé, à l’âge de 91 ans. Un auteur que je ne connais que par le merveilleux film de Truffaut (avec un papa fan de Truffaut, ce film était forcément un must-see, dès la grande enfance ^^) qui m’a énormément marqué et plu. Avec la superbe Julie Christie que j’apprécie aussi dans un autre grand film sur fond de balalaïka…

Aymeline a décidé, pour honorer sa mémoire et son oeuvre, de lancer un challenge-hommage à Ray Bradbury qui prendra fin le 05 juin 2013. L’occasion pour moi d’enfin lire ce merveilleux et très connu roman (dont le titre m’a intriguée et marquée, enfant, pendant plusieurs années) ainsi que d’autres écrits de cet auteur qui a participé, et ce n’est pas pour me déplaire, aux cultissimes « La Quatrième dimension » et à des épisodes de « Alfred Hitchcock présente… »

ray

2 juin 2011

« Ma sœur est une sorcière » – Les mondes de Chrestomanci tome 1 – Diana Wynne Jones

ma soeur est Eric, surnommé Chat, et sa soeur, Gwendoline, jeune sorcière apparemment douée, deviennent orphelins. Il vont d’abord vivre chez Mme Sharp qui permet à l’ambitieuse Gwendoline de prendre des cours de magie. Puis les deux orphelins Arcand emménagement chez un certain Chrestomanci qui avait entretenu, à plusieurs reprises, une correspondance avec leur père. Avant leur départ Miss Larkins, une voyante, fait une troublante prédiction à Chat.

Dès leur arrivée au château de Chrestomanci, les deux enfants ont une impression étrange et Gwendoline, qui avait hâte de mener la grande vie et de faire l’objet de toutes les attentions en raison de son talent, est déçue ; elle n’en devient que plus pénible, détestable même!

S’ensuit alors une série de confrontations entre la petite fille et Chrestomanci, sous l’œil anxieux de Chat.

J’ai découvert ce roman et son auteur, Diana Wynne Jones, grâce à un billet de Céline, paru à l’occasion du décès de cet auteur jeunesse qui assista, pendant ses années d’université, à une conférence de Tolkien et de C.S. Lewis. De plus, une des ses œuvres, Le château de Hurle, a été adaptée à l’écran par Miyazaki. Voilà deux faits qui me laissaient espérer beaucoup. Sur l’invitation de Céline j’ai donc décidé de lire, accompagnée de ma fille, les séries des Mondes de Chrestomanci, en hommage à leur auteur.

Après un début déroutant, notamment en raison de la méchanceté et l’antipathie suscitées par Gwendoline, les premiers mystères font leur apparition, bien vite. De plus, une impression étrange, comme si Chat était le réel héros de l’histoire, survient quand l’auteur nous affirme que :

« C’est donc ainsi que survint le second grand changement dans la vie de Chat. Et son avenir lui sembla soudain terriblement lugubre. » (p.38)

Le mystère s’épaissit à mesure que les enfants vivent dans le château ; Diana Wynne Jones sait intriguer, poser le mystère, inquiéter même! Outre cette dimension son récit est empli d’humour, il est même comique parfois :

— Hé, vous! Venez ici tout de suite!

Chrestomanci leva vers elle un visage étonné.

— Quelqu’un se permet d’ouvrir mon courrier, cria Gwendoline. Je me moque de savoir qui, mais s’il croit que ça va se passer comme ça, il se met le doigt dans l’oeil!

— Dans l’œil, ou dans ton courrier, il faudrait savoir…

— Il se fait des illusions! s’impatienta Gwendoline. À l’avenir j’exige que mes lettres m’arrivent fermées!

— Tu veux dire qu’il faudra les ouvrir à la vapeur et les recoller ensuite? dit Chrestomanci avec hésitation. Ce n’est pas très pratique, mais enfin, si ça peut te faire plaisir…

(p.101)

Je me suis attachée à certains personnages ( j’ai beaucoup aimé M. Saunders) et de temps à autres de belles images m’ont enchantées :

« Son estomac, repu de confiture ensorcelée, opéra une plongée étonnamment rapide vers les oubliettes du château » (p.190)

Je dois cependant avouer que j’ai dû attendre la moitié du roman pour vraiment être happée par cet univers. Diana Wynne Jones relance alors  l’intrigue avec l’arrivée d’un nouveau personnage et de grandes trouvailles créatives que j’ai adorées. Bref, dès cet instant le récit a trouvé tout son intérêt et le personnage de Chat a pris toute son ampleur, jusqu’au final beau et réussi. Ah et ce Chrestomanci, touchant, beau, raffiné et magnifique, notamment à la fin… un délice! Beau contrepoint à la cruauté de Gwendoline, un vrai monstre.

Je dois dire que j’ai désormais hâte de lire les autres romans de la série, en espérant y retrouver Chat. Je pense que Diana Wynne Jones a inspiré de nombreux auteurs, dont J.K. Rowling, que ce soit par rapport aux scènes finales grandioses, (les confrontations entre le(s) héros et leurs ennemis) ou le concept d’horcruxes.

Une lecture partagée avec Céline  et ma fille logo billet S&safille, un très grand plaisir à poursuivre!

Le billet de ma fille : (attention, spoilers dans les premières lignes! ^^’)

Deux orphelins vont voir Mme Sharp, la grande sœur se nomme Gwendoline et l’autre Chat ou Eric Arcand.

Gwendoline écrit une lettre à Chrestomanci qui les emmène (les enfants) chez lui. Chrestomanci et ses enfants sont aussi de la famille Arcand.

Gwendoline part dans un nouveau monde et Chat fait la connaissance d’une fille qui s’appelle Janet Arcand.

J’ai bien aimé ce libre parce que c’étaient de belles aventures, le livre était long et parce que Chat et Janet sont rigolos dans cette histoire.

Il y a un moment que je n’ai pas trop aimé : quand Gwendoline fait grossir de petits animaux et quand on sait qu’elle prend les vies de son frère.

DianaWynneJonesChallenge-anglais 

Ma soeur est une sorcière – Diana Wynne Jones (1977)

Gallimard jeunesse, collection Folio junior – 299 pages - 2007

31 mai 2011

Un grand poète et activiste s’est éteint…

Le 27 mai 2011 Gil Scott-Heron s’est éteint. Si vous êtes des habitués de radio Nova vous avez très probablement déjà entendu la voix si particulière, si profonde, si puissante de ce grand poète et auteur, musicien et chanteur.

Très connu depuis plus de trente ans pour ses morceaux de spoken word (« ancêtre » du rap, genre que j’apprécie peu) Gil Scott-Heron est un grand que j’ai découvert sur Nova il y a quelques années. Un homme qui avant d’entrer dans la musique est avant tout un auteur et un poète qui dès l’adolescence fut remarqué pour son talent d’écriture. Un militant qui a su, dès les années 1970, être actif dans ses œuvres musicales et littéraires pour dénoncer le racisme aux États-Unis, la misère, l’apartheid en Afrique du Sud mais aussi la société de consommation et du spectacle, des apparences, le conservatisme de Reagan, le gouvernement Nixon et, plus tard, entre autres, le nucléaire (« We almost lost Detroit », en 1979).

Dans les années 1980-90 il a sorti très peu d’albums puis est revenu avec son dernier album l’an dernier (« I’m new here »). Entre temps il a beaucoup influencé la musique, noir-américaine notamment : le rap bien sûr mais aussi le hip-hop et la new soul. Puis, dans les années 2000 il a connu quelques séjours en prison pour possession de drogues avant de tomber malade.

Le spoken word n’est peut-être pas ce qui m’attire de prime abord mais le message de Gil Scott-Heron est si fort, authentique, sincère que je ne peux que fermer les yeux et écouter ses chansons-poèmes et leurs paroles, frappantes, choquantes, pleine de sens, bref géniales!

Un homme qui avait beaucoup à dire, qui savait critiquer, dénoncer. Je pense lire quelques unes de ses œuvres – il a écrit cinq  romans et un recueil de poèmes – dès que possible!

Je clos ce billet sur sa chanson-poème la plus connue, au message très fort, une critique acérée des travers de la société américaine selon Gil Scott-Heron.

 


The Revolution Will Not Be Televised- Gil Scott... par larsen42

Plus de ses morceaux ici.

7 mai 2011

Un nouveau rendez-vous sur mon Cannelier

De temps en temps, le week-end, je rédigerai un billet à quatre mains : avec mon avis sur un album ou un roman et… celui de ma fille!

Ma petite (ou ma grande, tout dépend des jours) a presque huit ans et est une dévoreuse de livres depuis ses 5-6 ans (toute seule car elle les dévore avec moi depuis ses premiers livres de bébé). Elle est fan de Roald Dahl : son premier roman lu tout seule il  y a deux ans était Matilda ; depuis, de nombreux livres de cet auteur ont grossi les rangs de sa bibliothèque! Sans compter tous les autres auteurs découverts… Elle a une petite PAL à côté de son lit et dévore au moins deux romans par semaine. Voilà pour la petite présentation de ma « co-billettiste » ^^

Cette idée de partager avec elle des lectures m’est venue il y a deux-trois mois, très imprécise, quand j’ai découvert un auteur qui écrit des romans pour les  adultes mais aussi pour les enfants !

Puis, l’idée d’un autre blogueuse de rendre hommage à un auteur jeunesse, qui allait assurément plaire à ma fille, m’a donné envie de concrétiser tour cela. J’en ai parlé à ma belle qui en a aussi très envie! Du coup cet hommage se fera à trois et non à deux… ma partner in crime à l’origine de l’hommage est ravie de cette idée également!

Premier billet, sur un album, demain!

5 février 2011

Le « Tout-monde » est orphelin!

edouard_glissant Le grand poète, romancier et essayiste martiniquais Édouard Glissant est décédé ce jeudi 3 février. Cet intellectuel âgé de 82 ans était un des héritiers de la pensée d’Aimé Césaire à laquelle il a ajouté les concepts, entre autres, d’ «antillanité », de « créolisation » et de « Tout-monde ». Son premier roman, La Lézarde, remporte le prix Renaudot en 1958.

Morceaux choisis d’un article lu sur le site de « Télérama », un entretien datant de 2010 qu’ils ont mis à l’honneur depuis jeudi :

© photo J. Sassier/Gallimard

Qui vous a transmis, très tôt, le goût des livres et de l’écriture ?
A 10 ou 12 ans, je faisais la chasse aux livres. C’était même mon activité principale. Je les trouvais dans les rares ébauches de bibliothèques ou chez des particuliers. Littérature populaire ou romanesque. Nous apprenions à l’école des pans entiers de Hugo, Vigny et les autres. La récitation était un exercice complet et périlleux. Quelques années plus tard, avec des jeunes du Lamentin, nous avons fondé un groupe politico-culturel, le Franc-Jeu, et une sorte de journal dans lequel j’ai publié mes premiers poèmes. Comme il y avait pénurie de papier, nous tapions à la machine à écrire (à cent exemplaires) sur des feuilles de papier banane…


Quelques livres arrivaient en Martinique, je ne sais pas trop par quel chemin. Je me souviens ainsi d’une édition américaine de L’Existentialisme est un humanisme de Jean-Paul Sartre, (peut-être en 1943), dont un ou deux exemplaires étaient disponibles sur l’île. Comme pour tous les jeunes, il n’y avait pas réellement de choix dans les lectures, c’était un énorme chaos de tout ce qu’on pouvait grappiller ou rapiner.


Aimé Césaire, qui enseignait au lycée Victor Schœlcher de Fort-de-France (il professait dans les classes supérieures, j’étais encore en quatrième ou en troisième), était revenu en Martinique juste au moment de la guerre, fin 1939. Il avait fondé la fameuse revue culturelle Tropiques qui était pour nous, jeunes Martiniquais, une formidable ouverture sur le monde. Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont, les poètes latino-américains, les Haïtiens. Je ne crois pas que le goût des livres et de l’écriture se « transmet ». Vous menez seul ce combat. Les situations, l’entour vous poussent ou vous aident.

(…)

La géographie, les paysages sont fondamentaux pour le poète que vous êtes. On imagine votre désarroi quand vous arrivez à Paris, en 1946, à l’âge de 18 ans…
Pas du tout. Grâce à Balzac et aux auteurs du XIXe que j’avais lus ou que l’on nous avait enseignés, Paris me paraissait familier.

(…)

Dans le Quartier latin et ce Paris bouillonnant où se croisent alors des militants du monde entier, vous fréquentez de grandes figures comme Frantz Fanon. Ce résistant des Forces françaises libres, de trois ans votre aîné, deviendra l’un des penseurs majeurs du courant tiers-mondiste. Martiniquais, comme vous, grand soutien à la guerre d’indépendance algérienne, Frantz Fanon a-t-il été déterminant dans votre engagement contre le colonialisme, ce combat fondateur qui a marqué toute votre vie ?
Difficile de dire, a posteriori, quelles sont les rencontres ou les lectures fondatrices qui forgent votre parcours. Sur le coup, on vit les choses, c’est tout. Mais Fanon a été important, sans aucun doute. Avec Peau noire, masques blancs, publié en 1952, il a montré comment le colonialisme pouvait déconstruire les êtres, attaquer les gens de l’intérieur. Ce livre, qui est devenu aujourd’hui un classique, est une sorte de psychanalyse du colonialisme, et surtout du colonisé antillais. Les œuvres de combat de Frantz Fanon ont été essentielles dans toutes ces années pour les Noirs américains, les Haïtiens, les Noirs brésiliens.

(…)

Dans ces moments-là, on devient un homme révolté ?
Quand on est militant, on n’est pas révolté. Le révolté est impuissant. Le militant, lui, sait quoi faire, ou du moins il le croit. En tout cas, il a de quoi faire.
Parce qu’il est serein, sûr de ses convictions ?
Je le crois. Ou bien aussi, parce qu’à côté, il a autre chose à réaliser, un travail, une mission, une œuvre.

(…)

Poétique et politique ont parfois du mal à s’accorder. Votre ami Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992 pour Texaco, a dit combien il pouvait être dur d' « écrire en pays dominé » : « Comment écrire alors que ton imaginaire s’abreuve, du matin jusqu’aux rêves, à des images, des pensées, des valeurs qui ne sont pas les tiennes ? » (Ecrire en pays dominé, éd. Gallimard, 1997.) Avez-vous eu le sentiment – l’avez-vous encore ? – d’« écrire en pays dominé » ?
Je ne suis pas d’accord avec Chamoiseau. Comme l’a remarqué Frantz Fanon, on peut être dominé de plusieurs manières. Si on est dominé par une détérioration intérieure, c’est-à-dire si l’être lui-même est déconstruit en profondeur, et s’il accepte ou subit passivement cette déconstruction, alors, effectivement, on ne peut pas écrire. Ecrire, c’est souffrir sa liberté. Un être dominé, assimilé, ne produira qu'une longue plainte aliénée.


Si on est dominé dans la vie sociale et quotidienne, mais en gardant toute sa puissance d’imaginaire, c’est autre chose. Quand le Martiniquais ne peut s’imaginer autrement que comme français, c’est son imagination qui est détruite ou déroutée. Mais même dans cet état d’aliénation, son imaginaire persiste, s’embusque, et peut à tout moment lui faire voir le monde à nouveau. Et moi, je lui dis: « Agis dans ton lieu, pense avec le monde. »

Avec Patrick Chamoiseau, vous avez signé, ces dernières années, plusieurs manifestes qui ont confirmé votre position originale de poète engagé. Dans Quand les murs tombent (éd. Galaade, 2007), vous vous opposez radicalement au « mur ministère » de l’Identité nationale et de l’Immigration…
… qui est de moins en moins un ministère de l’Identité (l’affaire a foiré) et de plus en plus un ministère de la police d’immigration.

Je vous conseille la lecture de cet entretien riche, complet, passionnant! En complément, une vidéo de l’ina mise en avant toujours dans le même article :

retrouver ce média sur www.ina.fr

Quant à moi sa disparition, la lecture de cet article et l’entendre parler de sa pensée m’ont donné envie de relire ses écrits, abordés bien trop jeune et donc laissés de côté…

Je termine avec les mots de Raphaël Confiant qui le connaissait bien et qui a écrit ce jeudi :

L’écrivain Glissant a toujours travaillé au difficile. Loin des séductions de l’écriture tropicalisante ou du réalisme merveilleux. Il a produit une œuvre exigeante, qui demande à ce qu’on fasse des efforts pour la pénétrer, qu’on paie même une sorte de droit d’entrée conceptuel. C’est là sa grandeur et son honneur. Cela en dépit des défauts, des incohérences ou des démissions que l’on peut trouver chez lui comme chez tout homme. Comme chez chacun d’entre nous. L’homme physique n’étant désormais plus là, ne serait-il pas temps pour nous de nous plonger dans ses textes, de nous battre avec la prose touffue de ses romans, avec la profondeur parfois opaque de ses essais ? Glissant a quelque chose à nous dire que nous n’avons pas encore compris. Ce quelque chose n’est pas parole d’Evangile. Ni une vérité révélée.

C’est la Parole de nous-mêmes…