1 février 2011
Bilan de janvier
8 janvier 2011
La perspective Nevsky – Nicolas Gogol
La perspective Nevsky, le cœur passant et commercial de la ville de Saint Petersbourg! Les protagonistes de cette nouvelle sont deux promeneurs parmi la multitude quotidienne qui arpente cette avenue : Piskariov, jeune peintre « pur et innocent » et Pirogov, un lieutenant fier et sûr de lui.
Un soir ces deux hommes vont suivre chacun une femme. Tous deux vont se heurter à des obstacles qui n’amoindriront pas leur passion irraisonnée. En ce qui concerne Piskariov, sa perception de la femme est pure et il bascule quand il se retrouve confronté à une crise d’impossibilité amoureuse (comme dans une autre nouvelle de Gogol, Le journal d’un fou). Il souhaite vivre uniquement dans ses rêves afin de la revoir tel que lui la veut et la perçoit.
Quant à Pirogov, la folie ne l’accablera pas mais, malgré tout, il connaîtra quelques tourments liés à ses sentiments débordants et insensés.
La perspective Nevsky, années 1880
La perspective Nevsky nous est livrée comme une allégorie des faux-semblants humains, apparences trompeuses qui jouent des tours à ces deux Pétersbourgeois.
elle ment à chaque heure du jour et de la nuit, cette perspective Nevsky (p.120)
Dans cette nouvelle, une fois encore Nicolas Gogol dénonce et critique. Il critique l’attitude des femmes, les apparences, la superficialité d’une certaine classe sociale russe et, comme toujours, il excelle dans la description des sentiments, ici l’émoi amoureux qui transforme les perceptions :
… et tous les objets autour de lui se recouvrirent soudain d’une sorte de brume ; le trottoir se soulevait et fuyait sous ses pas, tandis que les chevaux et les calèches s’immobilisaient brusquement ; le pont sous ses yeux s’étirait, se gondolait et son arc se rompait (…) Et toutes ces transformations n’avaient été causées que par un seul regard, que par la seule inclinaison d’une jolie tête. (p.89)
J’ai également pris plaisir à lire l’humour critique de l’auteur, par exemple avec la description des usages relatifs aux moustaches :
Vous pourrez rencontrer ici d’admirables moustaches que nulle plume, nul pinceau ne sont capables de reproduire, des moustaches auxquelles leur propriétaire consacre la meilleure partie de son existence et qui sont l’objet de tous ses soins au cours de longues séances, des moustaches arrosées de parfum exquis et enduites de rares pommades, des moustaches qu’on enveloppe pour la nuit de papier de soie, des moustaches qui manifestent les tendres soucis de leurs possesseurs et que jalousent les passants. (p.81)
Enfin la perspective Nevsky présentée comme un personnage vivant avec ses propres rythmes est une trouvaille intéressante, captivante, nous plongeant avec force au cœur du Saint Petersbourg du XIXe siècle.
Cette nouvelle n’est pas ma préférée des trois écrits de Gogol que j’ai découverts cette semaine. Toutefois je suis très contente d’avoir enfin lu cet auteur dont j’ai hâte de commencer les deux autres nouvelles pétersbourgeoises que je n’ai pas encore dans ma PAL!
Je clos avec ce billet ma semaine russe, riche de découvertes et de lectures agréables et fortes, mais je continue à participer avec plaisir à l’année russe de Pimpi!
6 janvier 2011
Le portrait – Nicolas Gogol
Il n’avait jamais été peureux, mais ses nerfs, son imagination étaient sensibles, et ce soir-là il ne parvenait pas à s’expliquer sa crainte instinctive. Il s’assit dans un coin ; mais là encore il lui semblait que quelqu’un allait se pencher par-dessus son épaule pour le dévisager. (p.45)
4 janvier 2011
Le journal d’un fou – Nicolas Gogol
Avksenty Ivanovitch, le héros de cette nouvelle de Gogol, est un noble qui travaille au Ministère. Sa tâche principale semble être de tailler les plumes. Cet homme terriblement méprisant pour les classes sociales qui lui sont «inférieures » (« la valetaille », le « serf stupide ») nous raconte dans son journal qu’il est tombé amoureux de la fille de son directeur, Sophie. L’annonce du début de sa folie est claire dès les premières pages mais celle-ci s’accentue quand il se rend compte que sa position sociale ne lui permet même pas d’oser espérer conquérir le cœur de sa belle et quand il apprend que celle-ci se moque de lui!
À partir de ce moment la folie ne fait que s’accroître, se mêlant au narcissisme, à la paranoïa et à la colère. Face à cette crise d’impossibilité amoureuse et en l’espace de quelques semaines il sombre, pour ne pas dire qu’il se réfugie dans une folie qu’il tente de rationaliser. Il y trouve une logique, établit tout un système qui lui convient et sur laquelle, au contraire de la réalité fortement hiérarchisée, il a le pouvoir!
Cette nouvelle pourrait presque prêter à rire par moments si ce n’était si tragique ; l’épisode des lettres écrites par les deux chiens ou bien quand il se conduit à son travail tel un roi :
Ils s’imaginaient que j’allais signer tout au bas de la feuille : Conseiller titulaire d’un tel. Pensez-vous! Et à l’endroit le plus en vue de la page où signe notre directeur, je traçai : « Ferdinand VIII ».
Il eût fallu voir quel silence respectueux s’établit aussitôt. Mais je me contentai de faire un geste de la main et dis : « Points de marques de soumission, c’est inutile », et je sortis. (p.27)
Plus la folie avance plus ses écrits se font frénétiques et les dates deviennent fantaisistes, inquiétantes même : un jour est noté comme étant « l’an 2000 le 43 avril » et pour un autre il écrit « Pas de date du tout. Le jour était sans date. »
Malgré son délire il est, d’une certaine manière, lucide et à la fin son désarroi transparaît.
Une nouvelle dont le talent est de restituer la folie de manière, il me semble, réaliste. De plus ce fut l’occasion pour moi de découvrir cet auteur (ukrainien certes mais ayant bien écrit sur la Russie de son époque) très connu de la littérature russe et de percevoir, en filigrane, la rigidité de la hiérarchie bureaucratique dans la Russie du XIXe siècle ainsi que le traitement infligé aux personnes enfermées dans des asiles d’aliénés à cette époque.
Une nouvelle lecture, réussie, de la semaine russe… la suite demain ou vendredi! :)
3 janvier 2011
« Enfance » – Léon Tolstoï
Nikolegnka, un petit garçon de dix ans, grandit au milieu de sa famille, de son précepteur et de la gouvernante dans un domaine russe, au milieu du XIXe siècle. Nous sommes témoins de son amour débordant pour sa mère ( « si, dans les moments pénibles de ma vie, j’avais pu reposer quelques instants mes yeux sur ce sourire, je n’aurais jamais connu l’affliction. »), de la relation de celle-ci avec son mari, des mouvements d’humeur de son cher précepteur et de la gouvernante, des jeux de la petite fratrie, des déjeuners sur l’herbe et des contrariétés ainsi que des joies de ce petit Nikolegnka. Mais le lecteur assiste également à la réalité du travail des paysans qui sont des serfs, des esclaves. Tolstoï, qui a œuvré à l’amélioration de la vie des paysans, nous rappelle cet état de fait :
… elle l’appela chez elle et (…) lui remit un papier timbré où était écrit l’acte de libération de Natalia Savichna. (p.49)
Puis, avec le chapitre de transition qui s’intitule « Enfance » justement le récit connaît un tournant et marque une nouvelle étape de la vie ce petit garçon. Il part vivre avec son père et son grand frère chez la babouchka, leur grand-mère, à Moscou. Là il perd un peu de son innocence, connaît la jalousie, l’amitié, les jeux cruels des enfants et l’amour… des tourments d’enfant que Tolstoï décrit avec beaucoup de justesse. Tout comme pour les affres de la timidité dans lesquelles le lecteur timide ne pourra que se reconnaître!
Enfin ce récit se termine sur un épisode douloureux qui marquera la fin de cette enfance du titre. On perçoit alors l’amertume et la douleur du petit garçon
Quels droits ont-ils pour parler d’elle et la pleurer? (p.113)
Cette histoire autobiographique que Tolstoï a écrit bien avant ses romans les plus connus est teinté de nostalgie de cette enfance, des beautés de la Nature qui inspire des rêveries au petit garçon (chapitre VII), des bals auxquels participaient les enfants, de son précepteur et de la mère. La narration est vive, parfois poétique et revêt la fraîcheur de l’enfance. Et, même si certains aspects sont désuets, inconnus aux lecteurs, d’autres, tels les sentiments des enfants, sont intemporels et ne peuvent que toucher.
Tolstoï à son bureau représenté par Pasternak (le peintre, pas l’auteur ^^’) en 1908
Une deuxième incursion dans l’univers de Tolstoï qui m’a bien plue!
Ce billet me permet d’inaugurer la semaine russe de Cryssilda et Emma (se tenant du 03 au 09 janvier) ainsi que l’année en Russie de Pimpi. À demain pour un autre voyage littéraire en Russie!

