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2 mars 2011

« Des garçons épatants » – Michael Chabon

des garçons épatants Une fois n’est pas coutume, un film est venu au secours d’un livre. En effet, j’ai commencé cette lecture à une période où j’étais très fatiguée et avec un petit moral. J’avais, pour cette raison je pense, du mal à entrer dans les toutes premières pages de ce roman. Heureusement, en relisant la quatrième de couverture, j’ai découvert qu’une adaptation avait été faite de ce roman, avec Michael Douglas dans le rôle du personnage principal. Et donc, le soir même, j’ai regardé le premier quart du film. Cette petite demi-heure, drôle à souhait, a suffi à relancer ma lecture! Moi qui préfère lire avant de voir, pour la première fois j’ai dérogé à ce principe coutumier et je ne le regrette pas!

Des garçons épatants est le titre du nouveau roman écrit par Grady Tripp, un auteur, professeur de littérature à l’université, qui essaie tant bien que mal d’achever ce roman commencé six ans plus tôt. En effet son ami et éditeur, Teddy Crabtree, vient lui rendre visite à l’occasion d’un festival littéraire organisé par l’université mais aussi pour récupérer le fameux manuscrit. Malheureusement Crabtree ne pouvait plus mal tomber car Tripp, l’auteur d’un seul succès, fumeur de joints invétéré effrayé par un réel engagement connaît une série de complications : sa femme le quitte, sa maîtresse lui annonce qu’elle est enceinte de lui, l’étudiante qu’il loge et qui lui plaît est attirée par lui et un de ses étudiants, James Leer, semble être très fragile. Pendant deux journées ces personnages vont se croiser et ces fils complexes s’emmêler pour mieux se dénouer!

Alors malgré ce début difficile dont je vous parlais, je me suis ensuite régalée avec cette histoire à la fois très sérieuse, parfois triste mais en même temps très drôle et décalée, comme j’aime! Déjà, la mise en abîme concernant le titre m’a plue même si en français il manque un niveau de plus car « wonder boys » peut être traduit par « des garçons épatants » mais c’est aussi le nom des héros du roman de Tripp, les frères Wonder donc les « wonder boys »! Peut-être que d’avoir les acteurs en tête a contribué à ce que j’aime le roman mais l’écriture de Chabon est impressionnante, passant subtilement du loufoque à la poésie puis à l’émotion… mais c’est l’humour, si particulier ici, qui prime et dont je me suis délectée.

Ainsi, par exemple, le roman que Tripp traîne derrière lui comporte « cinq versions différentes du chapitre final (…) les douze dernières pages n’existaient pas. En fait elles étaient soixante, toutes plus brutales et violentes les unes que les autres. »(pp.30-31)  Mais, surtout, ce pavé de 10 kilos « lui a fait plier le poignet. Quand le manuscrit s’est abattu sur ses genoux, il a fait un bruit de pastèque. » (p.453)

J’ai encore bien ri quand, à propos de James Leer, Tripp pense : 

Il sentait le métro, l’abribus, une odeur de désastre si prononcée qu’il suffisait de traîner dans les parages pour contracter le virus du manque de bol. (p. 79)

Mais il y a encore bien d’autres passages qui m’ont fait sourire et rire, entre autres, Vernon avec sa choucroute sur la tête sautant sur le capot de Tripp, un moment incroyablement drôle!

L’épisode de la veille me revint. J’ai fermé les yeux, le temps d’apercevoir une ombre qui dansait dans le faisceau de lumière traversé par la pluie, avant d’effectuer un bond puis de s’abattre sur mon pare-brise. Il y avait eu un bruit assourdi comme celui d’une timbale.

— Il a dû faire ça avec son cul, a observé James.

— Oui, c’est vrai, ai-je répondu, mais comment le sais-tu?

— On distingue très bien la forme d’un cul, a-t-il dit en fourrant son sac à dos dans la voiture.  (p.225)

Michael Chabon distille quelques moments de poésie (« j’ai suivi Sara et l’étincelante perle de protéines logée dans les plis secrets de son ventre… » p.73) mais aussi des plus tristes, notamment quand James Leer se dévalorise, quand on le sent confus ou quand Grady Tripp fait l’amer constat de sa vie :

Je me suis retrouvé seul. J’avais tout perdu. Mon roman, mon éditeur, ma femme, ma maîtresse ; l’admiration de mes meilleurs élèves et le fruit des dix dernières années de ma vie. Je n’avais ni famille, ni amis, ni voiture, et sans doute après ces deux jours allais-je perdre aussi mon boulot. (p.515)

Des garçons épatants est un roman sur la vie, tout simplement ;  l’existence avec ses errements, ses choix, ses drames mais avec une touche d’humour décalé tantôt cynique tantôt hilarant qui évite de tomber dans le déprimant. Un subtil dosage en somme qui offre une lecture très agréable en compagnie de ces hommes (Grady, Teddy et James) non pas épatants mais, dans leurs défauts, émouvants.

Merci à pour sa patience et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat qui me permet de commencer à honorer le challenge challenge-100-ans-

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En ce qui concerne le film terminé pendant que j’avais repris ma lecture, je l’ai adoré. Le film, qui respecte très bien l’esprit du livre (hormis une sous-intrigue supprimée), réussit à retranscrire l’humour du roman. Le genre de film à l’humour décalé donc qui me remonte le moral, me fait rire sur le coup mais encore bien des jours après! ^^ Il suffit que je pense à Vernon, à l’ « amie » de Crabtree ou à celui-ci au volant d’une R5 pour être sûre de me mettre à rire ou pour faire rire M. Sabbio qui l’a regardé avec moi.

Les acteurs sont tous très bien dans leurs rôles : Michael Douglas anti-sexy dans son peignoir rose mais finalement attachant, Robert Downey Jr. égal à lui-même est un Crabtree plus vrai que nature, miss Katie Holmes à son époque «actrice potable» (pas comme maintenant) colle bien au personnage de Hannah, ce cher Tobey Maguire (bien avant « Spiderman » dans un rôle proche de celui qu’il incarnait dans « Ice Storm » - un autre film que j’aime vraiment beaucoup et que je vous conseille!) est parfait. Quant à Frances McDormand, y a-t-il un film où je n’apprécie pas son jeu, sa présence incroyable, son talent? Bref un film que je recommande chaudement pour les soirs à petit moral!

 

 

Des garçons épatants – Michael Chabon

Éditions Robert Laffont, collection pavillons poche – 552 pages – paru le 15/11/2010

19 février 2011

« Dans les veines ce fleuve d’argent » – Dario Franceschini

Un matin, Primo, un homme de cinquante-soixante ans, décide de retrouver un ami d’enfance qui lui avait posé une question secrète à laquelle il n’avait jamais répondu. Ce voyage le ramène dans la région de son enfance, un lieu baigné, habité voire guidé par ce fleuve majestueux, vivant, changeant et prégnant qu’est le Pô.

Ce roman est d’une étrangeté poético-magique! Vraiment je ne saurais pas le définir autrement. J’ai perçu la quête de Primo non pas comme un voyage initiatique mais comme un voyage qu’il fait au-dessus de lui-même et de toute sa vie, me donnant presque l’impression qu’il était déjà dans un autre monde. Par exemple il se souvient du jour de sa naissance (!), croise un forain qui était déjà bien âgé quand Primo n’était qu’un enfant et fait un bout de route avec un homme lui contant, non pas comme une légende mais comme un fait,  l’histoire d’un village dans lequel les habitants se réveillent chaque matin sans savoir qui ils sont!

Quant à la poésie, elle est à chaque page, mêlée à des idées extraordinaires d’inventivité et de poésie :

Il avait toujours confondu le silence et le froid (…) Il avait commencé à comprendre et n’eut plus aucun doute lorsque sa mère lui parla de ce vieil oncle mort dans un étang, qui confondait depuis sa petite enfance l’obscurité et le froid et qui, pour ne pas en mourir, avait toujours dormi les volets ouverts, se réchauffant à la faible lumière de la nuit.  (pp.13-15)

ou bien encore :

Vois-tu, dit-il en chassant la poussière du dos d’un volume relié de cuir rouge, petit déjà, lorsque je restais éveillé toute la nuit à lire un livre, je ne supportais pas l’idée que les hommes et les femmes que je venais de voir doivent finir serrés et immobiles dans une bibliothèque. Je revois encore la sérénité de ces deux vieillards qui avaient cédé à l’amour après une longue vie d’attente. C’est là que le désordre a commencé. Arrivé au dernier mot du livre, je n’ai pas supporté l’idée qu’après s’être attendus aussi longtemps, Fernina et Florentino soient contrains de goûter le court bonheur su désiré qu’il leur restait à vivre écrasés entre les livres d”une étagère exiguë. Alors, je les ai laissés libres de s’aimer dans tous les lieux de la maison où leur livre s’est déplacé au cours des années. (pp.21-22)

Ça et là des éléments fantastiques, comme ces quelques signes, des yeux grands et sombres notamment, qui se répètent, tels des présages.

Et puis ce roman c’est une déclaration d’amour au Pô et à une époque, quelques décennies en arrière, où la vie des habitants était intimement liée à celle du fleuve qui est un personnage à part entière de cette histoire. Un fleuve auquel les personnages sont liés à vie car il coule dans leurs veines et ne les quitte jamais, même s’ils partent dans une autre région.

Nous la regardons chaque matin, nous la buvons, elle nous fait vitre, nous en rêvons la nuit. Notre monde est ici, entre les digues, et c’est là que nous voulons mourir. En dehors, c’est la terre des autres. (pp.99-100)

Malgré une dernière page trop explicative, trop explicite même, là où tout avait déjà était dit, ce court roman original, à l’ambiance si particulière d’une époque révolue au rythme lent, est une belle découverte .

Je remercie les éditions Gallimard (collection folio) et Babelio pour cette lecture qui entre dans le cadre du challenge de Nane.

giro in Italia

31 janvier 2011

« Un jardin sur le ventre » – Fabienne Berthaud

Suzanne meurt à soixante-dix ans. Une mort brutale, un accident cérébral. Elle laisse un mari, deux filles (Gabrielle et Marie), un chien. Les chiens et ses filles surtout sont sincèrement tristes et peinés par cette perte. Son mari… et bien comme toujours il ne pense qu’à lui, ramène cette perte à ce que lui endure sans se soucier ni de la fin de vie de cette femme qui l’a accompagné pendant cinquante ans ni de la douleur de Gabrielle et Marie.

Et elle ne méritait pas cela Suzanne, pas après ses soixante-dix ans de malheurs, peines et humiliations! Bébé pas aimée et abandonnée par Bertrande elle vit une parenthèse enchantée de quelques années chez sa grand-mère, Mémère, et sa tante bien-aimées. Mais à la mort de celle-ci elle va vivre avec « la dame du samedi », c’est-à-dire Bertrande, sa génitrice, celle qui « avait juste besoin de rapports sexuels fréquents (…) aimait chevaucher les cavaliers inconnus. Les hommes sans visage ».

Ce début de vie et tout le reste nous est raconté par la voix de Gabrielle, tour à tour ancrée dans la douleur de son deuil et des réactions de son père puis narratrice omnisciente témoignant de la dure vie et des pensées de Suzanne ainsi que de celles de Tonio le petit frère à l’enfance volée et, dans une moindre mesure, celles de Franck, ce père absent, égoïste et écrasant.

Cette douloureuse histoire de vie(s) est, paradoxalement, souvent poétique comme au moment, si triste, de la mort de Suzanne :

Tu souffles un nuage couleur framboise sur ton oreiller blanc (…) Toi qui as toujours cru que la vie continue, tu seras oiseau, fleurs, vent, mer, terre. Meurs, Suzanne. Meurs. Ta petit Gabrielle te prend la main. Elle t’encourage à partir sans te faire de soucis. Tu te libères de tes chaînes. Tu reprends ta liberté. Un océan rouge dans la tête. (pp.30-31)

Et puis ce titre est l’exemple le plus frappant de la poésie de l’auteur ; cette manière de nommer la mort en invoquant la nature liée à la femme est très belle et m’a touchée. Un jardin sur le ventre. Fabienne Berthaud aime la nature autant que Suzanne qui y trouve, en balconnières, dans les montagnes savoyardes ou dans les prairies, une bouffée d’air salvateur, une occasion de goûter à la liberté.

Ce roman est aussi une histoire de femmes. Franck est le seul homme d’un cercle féminin (hormis Tonio, absent depuis petit). La grand-mère et la tante, Bertrande, Suzanne et ses deux filles… Un récit de transmission et de répétition, malheureusement. Marie a quitté la maison et a changé souvent d’homme car « elle ne voulait surtout pas que sa vie ressemble à la tienne ». Or Suzanne justement n’a voulu connaître qu’un seul homme en réaction au comportement de sa mère à elle!  Alors celle-ci a peut-être changé si souvent d’homme pour les mêmes raisons que Marie, en raison de la vie de Mémère! Dans ce cas quelle transmission dramatique car chacune voulant échapper aux comportements de sa mère les transmet à sa fille! (vous m’avez suivie?)

Enfin, la vie de Suzanne semble avoir été décidée dès le rejet par sa mère, in utero. Certains pensent que l’on attire à soi les situations que l’on vit… Le message « tu n’es pas désirée, tu ne vaux rien » émis par sa mère semble l’avoir poursuivie. Enfant dévalorisée qui se déprécie à l’adolescence (en pension) puis qui s’accroche à un mari pour ne pas faire comme sa mère et surtout pour essayer de lutter contre ce « tu n’es pas désirée ».

Telle une femme battue (qu’elle est… enfin plutôt brutalisée et humiliée… mais est-ce si différent?) elle a connu un début d’histoire d’amour très beau mais a vite déchanté.

Cette violence. Elle t’était familière. Cette brutalité incontrôlée. Ce vent de folie qui se déclenchait pour rien. Tu connaissais. Bien sûr que tu connaissais. Tu avec grandi avec.  (p.211)

Sa seule joie, ses deux filles… si elles n’avaient pas été là, une vie comme un terrible gâchis!

Ce livre qu’on ne peut facilement redéposer une fois commencé m’a remuée et touchée. Une existence si continuellement triste, violente, sans amour ne peut que marquer le lecteur, tout comme le désespoir immense de Gabrielle.

Merci à et aux éditions Hugo et Cie de m’avoir permis de découvrir cet auteur sensible dont la poésie et la violence des phrases, souvent courtes, m’ont touchées. Je dois dire que l’écriture de cette jeune femme m’a fait penser, parfois, à Barbara Constantine… comme un pendant moins joyeux et optimiste (mais tout aussi talentueux) de l’auteur de Tom petit homme tout petit homme Tom. J’ai maintenant très envie de découvrir les autres romans de Fabienne Berthaud!

1 décembre 2010

Bilan de novembre

J’ai réalisé, bien malgré moi,  une petite expérience ce mois-ci… moins d’ordinateur = plus de lecture! Un théorème indiscutable! Je n’étais pas sans ignorer le caractère chronophage d'e l’ordinateur, enfin pour être plus précise d’Internet,  mais la démonstration pratique a été plus qu’éloquente. J’en remercierais presque la foudre qui m’a causé une panne d’ordinateur (et quelques frayeurs) tant j’ai pu, en l’absence de connexion at home, me délecter de bien plus de moments de lecture!

Ainsi au cours de ce mois j’ai lu :

 

coup de coeur

          coup de coeur

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coup de coeur

  (billet à venir)

(billet à venir)

J’ai donc lu 8 œuvres (représentant 1 303 pages) qui m’ont permis d’honorer 5 challenges. Parmi toutes ces lectures j’ai eu le grand plaisir de rencontrer 3 coups de cœur! Enfin 2 de ces livres m’ont été offerts grâce à des partenariats.

Un mois riche en lectures… cela m’a fait beaucoup de bien!

Quant à ma PAL, elle a un peu grossi mais reste raisonnable (surtout que quelques uns sont des livres-voyageurs ou gentiment prêtés) et je me suis inscrite à quelques nouveaux challenges irrésistibles (Shakespeare, Agatha Christie, Marilyn Monroe, Oscar Wilde) que j’espère bien honorer avec mention ^^

22 novembre 2010

« Nouvelles d’ados, Prix Clara 2010 » – Collectif

Un recueil de six nouvelles écrites par des adolescentes ayant entre 13 et 17 ans… j’étais curieuse mais un peu inquiète de la qualité des écrits, je dois l’avouer, quand j’ai choisi ce livre.

Quel n’a pas été mon étonnement dès la première nouvelle ! Ce recueil dont je n’ai pu arrêté de tourner les pages est une très bonne surprise ;  j’en ai été la première étonnée. J’ai beaucoup apprécié la courte présentation des auteurs avant chaque nouvelle. Toutes bien sûr sont amoureuses des livres et cela fait plaisir à lire. Quant aux histoires elles sont de tous les styles et sont inégales mais toutes intéressantes.

« L’étranglée » nous livre les pensées d’une femme qui subit le voile et la domination d’un mari et qui voudrait être libre. Une nouvelle très bien écrite, avec maturité.

« Le voleur d’âme » emprunte à la fantasy pour finalement aborder l’amour. Une idée intéressante mais avec trop de redites et dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer…

« Attraction terrestre » expose, tel Montesquieu, les travers de notre société vus par les yeux blancs d’une extraterrestre, pour un récit philosophique sur la vie, la mort et les valeurs humaines. Une nouvelle très bien écrite, captivante même si certains événements arrivent un peu trop vite à mon goût.

« L’Ours » est un petit conte touchant et bien écrit.

« L’Hermine noire » révèle une belle écriture et un sens du mystère très XIXe siècle. J’aurais presque envie de lire plusieurs aventure de l’héroïne, miss Perry. Ma seule petite réserve, éminemment personnelle, concerne le fond qui me dérange un peu (le commerce de fourrures animales qui en fin de compte n’est pas dénoncé).

Enfin, la troisième nouvelle, « Mémoire faussement esclave » a été mon coup de cœur du recueil. J’ai réalisé après coup que c’était celui écrit par la jeune fille de treize ans… et bien bravo à elle ! Le fond comme la forme sont très bons, captivants. Il s’agit d’un récit elliptique, trois époques différentes avec, comme fil rouge, l’esclavage.

Je dois dire qu’en lisant toutes ces nouvelles j’ai tout simplement oublié qu’elles étaient écrites par de si jeunes auteurs, cela ne se voit pas ou très peu pour certains récits... je leur souhaite à toutes de continuer et d’être publiées.

Et puis ces jeunes filles sont toutes lauréates du prix Clara 2010, un prix créé en mémoire de Clara, décédée à treize ans des suites d’une malformation cardiaque. Ainsi les bénéfices de la vente de ce recueil seront versés à l’Association pour la recherche en cardiologie du fœtus à l’adulte (ARCFA)… un très bon recueil pour une action caritative importante, raison de plus pour le lire!

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson  et à BOB pour ce partenariat!

19 novembre 2010

« La dispute » – Marivaux

Quel plaisir de rentrer dans cette courte pièce en un acte de Marivaux ! Lue en quelques heures mais quelles heures délicieuses !

Marivaux raconte dans cette pièce dense une épreuve, une expérience en fait. Pour savoir qui de l’homme ou de la femme est naturellement enclin à l’inconstance et à l’infidélité, le père du Prince de la pièce a fait élever séparément, par deux domestiques noirs, deux garçons et deux filles qui n’ont jamais vus que ces deux domestiques, Mesrou et Carise.

Voici une pièce portant sur la philosophie, en l’occurrence celle de l’amour mais aussi de la nature humaine, thèmes très importants à l’époque de Marivaux, le fameux siècle des Lumières. Et puis il y a ce fantasme des philosophes d’assister au commencement, de trouver une réponse irréfutable à leurs interrogations. Ce fantasme est concrétisé ici et se traduit par une pièce de théâtre dans la pièce que nous lisons ; le Prince et Hermianne sont donc spectateurs du « commencement du monde et de la société » (scène 1)

Quant à la langue de Marivaux, un vrai plaisir, les tournures, les mots, je ne m’en lasse pas ! Parfois les mots se font cinglants, notamment quand les deux jeunes filles, Adine et Eglé, s’affrontent (scène 9). Ces deux jeunes filles d’ailleurs sont bien insupportables, surtout Eglé qui tombe amoureuse de son reflet ! Mais Marivaux nous donne à voir ici une leçon sur l’amour et l’ignorance, les présupposés, la recherche de l’état d’amour naissant, non sans humour et moquerie des jeunes amoureux :

Mesrin. (…) et donnez-moi cette main.

Adine. Eh ! prenez-la, c’est pour vous que je l’ai. 

(scène 12)

Une pièce plaisante et divertissante qui m’a permis de découvrir Marivaux et de contribuer pour la première fois au challenge de Leiloona.

challenge théâtre

18 novembre 2010

« Easter Parade » – Richard Yates

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Quand j’ai choisi ce livre je ne savais pas que Richard Yates était l’auteur de La Fenêtre panoramique que beaucoup d’entre nous connaissent sous le titre de « Les Noces rebelles », très beau film de Sam Mendes (réalisateur dont j’aime beaucoup les films). J’ai pris conscience de cet élément en découvrant la quatrième de couverture et cela m’a laissé entrevoir une lecture que j’allais apprécier… je ne m’étais pas trompée !

Richard Yates a le don de sonder la vie tragique des femmes américaines de la middle class des années 1950-1960. Ici nous suivons, au cours de trois parties de trois chapitres chacune, la vie de deux sœurs, de 1930 au début des années 1970. Le roman commence sur une assertion malheureusement prophétique :

Aucune des deux sœurs Grimes ne serait heureuse dans la vie, et à regarder en arrière, il apparaît que les ennuis commencèrent avec le divorce de leurs parents. (page 11)

Naïvement j’ai mis de côté cette phrase que j’ai eu tendance à oublier, en espérant que les choses aillent bien pour Emily, l’héroïne, celle que l’on suit vraiment et dont on connaît les pensées les plus intimes et Sarah, que nous connaissons si peu, outre le vernis qu’elle veut bien nous présenter ainsi qu’à sa sœur Emily.

En un chapitre seulement, le premier, Richard Yates arrive à nous faire connaître la personnalité des sœurs Grimes, tant enfant qu’adulte. Puis nous les suivons, avec parfois des ellipses de plusieurs années. Nous ne cessons d’avoir le portrait de la femme américaine obsédée par les apparences, représenté par Pookie, la mère de Emily et Sarah et du couple plein de faux-semblants incarné par Sarah et Tony. Et puis il y la femme libre, Emily, qui travaille, ne cherche pas à se marier à tout prix, avorte (thème que nous présente Yates dans La Fenêtre panoramique également)… mais est-elle plus heureuse que Sarah qui affirme « Tu apprends à endurer certaines choses quand tu veux rester mariée. » (p.173) ?

Ces trois femmes s’éloignent au point de n’avoir rien à se dire quand elles se retrouvent. Puis, enfin, les deux sœurs reparlent, se confient !

Sur toile de fond d’histoire des États-Unis, Yates semble espérer une certaine libération de la femme, nous présente un père qui, dans les années 1930, veut que ses filles aillent à l’université, une femme qui travaille et vit seule dans les années 1940 et une peinture amère du mariage. Il laisse également deviner une idée du salut par l’écriture. Mais il nous parle beaucoup, surtout peut-être, du temps qui passe et de la solitude de chaque personnage, des individus en général, et des réponses qu’ils croient trouver pour pallier cette sensation. Cependant cette amertume et ce tragique qui s’écoulent pendant une quarantaine d’années sont décrits avec talent, les mots sonnent justes, on s’attache aux personnages, aux espoirs et aux pensées d’Emily…

C’est la gorge serrée et les larmes aux yeux que j’ai terminé ce très beau roman qui m’a donné envie de relire Yates.

Je remercie bob et les éditions Robert Laffont pour ce premier partenariat qui, en plus, est un coup de cœur !

coup de coeur