The voice you hear is not my speaking voice -but my mind's voice. I have not spoken since I was six years old. No one knows why - not even me. My father says it is a dark talent, and the day I take it into my head to stop breathing will be my last. Today he married me to a man I have not yet met. Soon my daughter and I shall join him in his own country. My husband writes that my muteness does not bother him - and hark this! He says, "God loves dumb creatures, so why not I?" 'Twere good he had God's patience, for silence affects everyone in the end. The strange thing is, I don't think myself silent. That is because of my piano. I shall miss it on the journey.
XIXe siècle. Ada McGrath (la charmante et talentueuse Holly Hunter) et sa fille, Flora (Anna Paquin dans son plus beau rôle… pour ne pas dire son seul beau rôle !) quittent l’Écosse et la demeure de son père qui l’a mariée à un propriétaire terrien néo-zélandais, Alistair Stewart. Ada est mutique, sa voix : son piano et sa fille… mais surtout son piano, avec qui elle a un lien sensuel, au sens littéral, qu’elle connaît les yeux fermés.
Elles sont débarquées sur une plage vaste et nue, à l’image de leur perception d’un monde qu’elles ne connaissent pas. La seule préoccupation d’Ada est son piano, enfermé dans une grande caisse de bois qu’elle rompt assez pour pouvoir y passer la main et en jouer, en aveugle.
Son futur mari (Sam Neill) arrive. Ses employés (des Maoris) et son voisin Baines prennent les affaires d’Ada… sauf son piano car ils ne sont pas assez. Cet instrument, coeur du film et cher au coeur d’Ada, reste esseulé sur la plage, à prendre l’eau : la marée montante et la pluie.
Baines (le grand, ambigu et incroyable Harvey Keitel), voisin de Stewart, est un homme proche des Maoris dont il a adopté le mode de vie et certaines coutumes, dont il connaît la langue aussi. Il amène les deux Écossaises rendre visite au piano, toute une journée sur la plage. La musique le séduit. Peu après il propose à Stewart de lui vendre le piano ; celui-ci accepte.
Baines passe alors un étrange marché avec Ada, qui le trouve rustre et n’accepte pas l’idée qu’il puisse toucher son piano. Alors qu’officiellement elle lui donne des cours de piano, lui veut caresser des yeux, puis plus, la jeune femme, en échange des touches de piano qui lui permettront de regagner sa voix peu à peu.
George à Ada : Undo your dress. I want to see your arms. Play. Two keys. (Détache ta robe. Je veux voir tes bras. Deux touches du piano.)
Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour Ada. Regagner son piano, sa voix, se découvrir. Une découverte, un éveil d’elle-même qui, une fois la stupeur des propositions de George Baines passée, se fera dans la sensualité, le désir, les étreintes passionnées et la force des sentiments. L’amour pour une femme «cassée », en déséquilibre, qui peu à peu va se réparer… Il en est peut-être aussi de Baines, qui cherche quelque chose qui lui manquait et donc la beauté et la force des sentiments est touchante, belle, émouvante, surtout quand il se sent impuissant à protéger sa pianiste.
Tout cela sur fond de Nouvelle-Zélande… une contrée aux paysages tourmentés filmée avec amour, dans des plans magnifiques, terre de contrastes à l’image d’Ada/George, Ada/ et encore Ada/Ada, en lutte avec elle-même. Des paysages et des lumières magnifiques qui contribuent à m’enchanter, me porter à chaque fois que je vois ce film.
La première fois devait être en 1995, un peu trop tôt peut-être pour mettre des mots sur ce que j’avais vu, comprendre pleinement ces émotions. Choquée aussi par la violence, sous-jacente ou non. Puis l’an dernier je l’ai enfin revu après tant d’années… choc cinématographique ! Ce que je nomme ainsi est un choc complet, quand le sujet, la réalisation, les acteurs (même la petite, très douée dans son rôle, belle en naïade légère et dansante sur la plage, énervante quand elle « rapporte »… - je ne puis en dire plus…), la lumière, la photo et la musique sont parfaits et passionnent véritablement… tant que j’ai encore vu deux fois en décembre, là, il y a quelques semaines. Un film qui à chaque fois m’habite pendant plusieurs jours… La Palme d’Or et les autres récompenses pour le film et son équipe (un autre prix à Cannes, trois Oscars, etc.) sont bien sûr plus que méritées, Jane Campion ayant été, soit dit en passant, la première femme a avoir eu la Palme d’Or.
Ces chocs, j’en ai eu peu dans ma vie de cinéphile passionnée… Un film comme un absolu du cinéma…
Quant à la musique (Michael Nyman) que je viens d’évoquer, la voix d’Ada justement, mais bien plus aussi, elle transcende le film et le spectateur… des jours après elle était encore présente dans mon esprit, belle et tourmentée.
The Piano ne pouvait être que le projet d’une femme. Jane Campion (néo-zélandaise, réalisatrice et scénariste de ce film) a cet amour et cette compréhension infinie des femmes, de leurs recherches, leurs envies parfois troubles, violentes, ambiguës, et de leurs quêtes. Elle filme Holly Hunter avec cette profonde bienveillance et cette curiosité auxquelles l’interprète répond avec justesse, intensité, force et passion… pourtant sans un mot mais avec une énergie incroyable.
Une vision que j’explorerai au cours des semaines à venir avec ma chère Céline, en vous présentant d’autres films (tous normalement) de cette grande réalisatrice.
Un billet également à la tonalité
(vous remarquerez que le billet on ne peut plus adapté…)
Je vous laisse découvrir cette vidéo qui exprime tout. Je ne l’avais jamais vue, je viens de la trouver pour vous, la vidéo officielle apparemment. Elle me remet dans cet état si particulier : frissons, souffle coupé, intensité. Plus un bruit, savourez :