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30 avril 2011

« Doctor Faustus » – Christopher Marlowe

Le fameux mythe de Faust : un homme pactise avec le diable et est damné pour l’éternité. Un mythe souvent connu pour l’œuvre de Goethe et toutes les références culturelles présentes dans la littérature et le cinéma qui en découlent. Mais avant Goethe il y eût Marlowe (1564-1593)!
Donc Faust, savant, homme de sciences et de connaissances, professeur d’université allemand aimerait dépasser les limites des connaissances et pouvoirs humains, méprise les matières classiques pour la magie et, pour cela, signe un pacte avec Lucifer par l’intermédiaire de Méphistophélès, un de ses démons. Et le voilà en route pour vingt-quatre ans de pouvoir sans limite, de succès et de connaissances.
Une pièce fondatrice d’un grand mythe mais pourtant inégale! J’ai en effet beaucoup aimé le prologue à l’ancienne, avec un chœur qu’on imagine aisément dans une représentation théâtrale. De plus ce chœur pose clairement les enjeux de la pièce : Faust souhaite s’élever au-dessus de la condition humaine et, tel Icare avant lui, il chutera :
Till, swoll’n with cunning of a self-conceit,
His waxen wings did mount above his reach,
And, melting, heavens conspired his overthrow.
(v.20-22)
Tant et si bien que, gonflé d’orgueil et de science,
Il s’élève trop haut sur des ailes de cire,
Que le ciel va faire fondre pour entraîner sa chute ;
J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette dimension mythologique que l’on retrouve à plusieurs reprises (Icare, Diane, Jupiter, Hélène de Troie…) et qui côtoie la religion ; une subtile association très intéressante.
J’ai tout autant apprécié la scène de la « signature » du contrat ainsi que la scène 4 de l’Acte IV et, enfin le dernier acte, bien entendu, celui intense et profond de Faust payant son dû à Lucifer.
Les interventions du bon ange et mauvais ange (celui-ci flattant sa vanité), très « moralement correctes », montrent l’ambivalence tragique de Faust qui signe ce contrat sans vraiment croire à l’Enfer (« I think hell’s a fable », v.129 et « Why, dost thou think that Faustus shall be damned? » v.131) puis qui, à plusieurs reprises, essaie de revenir sur cette signature, en vain tant il est séduit par les plaisirs et le pouvoir terrestres ou est tenté par les démons.
Pourtant, hors de tous ces passages et scènes, il y a comme des intermèdes bouffes qui m’ont déroutés et ennuyés. Cependant on arrive bien vite à la chute de celui qui disait dans la toute première scène qu’il serait un demi-dieu ; la fin est violente : il perd la tête (littéralement) puis une jambe mais c’est surtout au moment d’honorer son contrat que Faust panique devant l’issue fatale, la damnation éternelle :
but now I must die eternally (…)
(Acte V, sc. 2, v. 29)
maintenant je dois mourir d’une mort éternelle (…)
But mine must live still to be plagued in hell.
Curst be the parents that engendered me!
No, Faustus, curse thyself. Curse Lucifer,
That hath deprived thee of the joys of heaven.
The clock strikes twelve
(Acte V, scène 2, v.181-185)

La mienne ne doit vivre que les tortures de l’Enfer.
Maudits soient les parents qui m’ont donné la vie!
Non, Faust, maudis-toi toi-même. Maudis Lucifer
Qui t’a privé du ciel et de toutes ses joies.
L’horloge sonne douze coups
Malgré des longueurs et une lecture mitigée, je reste très contente d’avoir enfin lu une des versions de ce mythe si important qui a inspiré bon nombres d’œuvres de tout genre par la suite, notamment Le portrait de Dorian Gray de Wilde.
Challenge-anglais challenge théâtre

Doctor Faustus – Christopher Marlowe
éditions GF Flammarion – 297 pages -1997

19 novembre 2010

« La dispute » – Marivaux

Quel plaisir de rentrer dans cette courte pièce en un acte de Marivaux ! Lue en quelques heures mais quelles heures délicieuses !

Marivaux raconte dans cette pièce dense une épreuve, une expérience en fait. Pour savoir qui de l’homme ou de la femme est naturellement enclin à l’inconstance et à l’infidélité, le père du Prince de la pièce a fait élever séparément, par deux domestiques noirs, deux garçons et deux filles qui n’ont jamais vus que ces deux domestiques, Mesrou et Carise.

Voici une pièce portant sur la philosophie, en l’occurrence celle de l’amour mais aussi de la nature humaine, thèmes très importants à l’époque de Marivaux, le fameux siècle des Lumières. Et puis il y a ce fantasme des philosophes d’assister au commencement, de trouver une réponse irréfutable à leurs interrogations. Ce fantasme est concrétisé ici et se traduit par une pièce de théâtre dans la pièce que nous lisons ; le Prince et Hermianne sont donc spectateurs du « commencement du monde et de la société » (scène 1)

Quant à la langue de Marivaux, un vrai plaisir, les tournures, les mots, je ne m’en lasse pas ! Parfois les mots se font cinglants, notamment quand les deux jeunes filles, Adine et Eglé, s’affrontent (scène 9). Ces deux jeunes filles d’ailleurs sont bien insupportables, surtout Eglé qui tombe amoureuse de son reflet ! Mais Marivaux nous donne à voir ici une leçon sur l’amour et l’ignorance, les présupposés, la recherche de l’état d’amour naissant, non sans humour et moquerie des jeunes amoureux :

Mesrin. (…) et donnez-moi cette main.

Adine. Eh ! prenez-la, c’est pour vous que je l’ai. 

(scène 12)

Une pièce plaisante et divertissante qui m’a permis de découvrir Marivaux et de contribuer pour la première fois au challenge de Leiloona.

challenge théâtre