Affichage des articles dont le libellé est nouvelles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nouvelles. Afficher tous les articles

5 février 2012

« L’invité » – Roald Dahl

Ou « De la difficulté d’écrire des billets longtemps après la lecture d’un livre »…

Je suis en pleine préparation d’exposition mais vais essayer, de ci de là de vous livrer quelques billets que j’espère aussi complets que possible car portant sur des livres lus il y a quelques semaines voire quelques mois, hum…

Donc là je vous parle d’un texte, une longue nouvelle, lu en août. Je revois, avec mon petit, dans le bus, lisant ce court texte du grand Roald Dahl !

Le narrateur, ayant vécu enfant au Pays de Galles et d’origine norvégienne (comme l’auteur) reçoit une malle contenant les mémoires en 28 volumes de son grand-oncle, Oswald Hendryks Cornelius, récemment décédé.

Vingt-huit volumes d’exactement trois cents pages chacun, cela en fait de la lecture, et rares sont ma foi les auteurs capables de tenir leurs lecteurs en haleine sur cette distance. Oswald, lui, le pouvait.

(p.13)

C’est que cet Oswald est un homme incroyable : séducteur invétéré, adepte des cravates en soie d’araignée qu’il récolte lui-même, grand aventurier un brin maniaque et très cultivé!

Le narrateur décide donc d’offrir au regard du lecteur certains volumes, moins sulfureux que d’autres (les protagonistes étant pour certains encore vivants, il lui eût été impossible de nous les faire lire!)… un procédé qui m’a beaucoup plu!

L’épisode que nous lisons donc est celui du Sinaï (1946) est il est sa-vou-reux! En effet les passages concernant le raffinement, les arias (dont Aïda, très adapté à sa traversée égyptienne) écoutés par Oswald en voiture, en plein milieu du désert, ses rendez-vous galants (« Pour ma part je n’ai jamais,absolument jamais laissé une relation intime se prolonger plus de douze heures » p.30-31) et son dégoût pour les microbes, virus et autres saletés sont délectables. Les situations cocasses et parfois oppressantes.

Je plongeai la main dans le vide-poches de portière pour prendre ma bouteille de Glenmorangie. Je m’en versai un gobelet bien tassé et attendis en le sirotant. L’homme avait poussé son visage à moins d’un mètre de moi ; son haleine fétide avait envahi a voiture… qui sait combien de milliards de virus s’y étaient engouffrés en même temps ?

(p.45)

Et un passage sur les livres, l’amour des livres, jubilatoire:

Je fouillai dans le fond de la voiture où je range toujours ma caisse de livres, et, sans même regarder, pris le premier qui me tomba sous la main. La caisse contenait trente ou quarante des meilleurs livres du monde, qui tous pouvaient se relire une centaine de sois en gagnant encore à chaque nouvelle lecture.

(p. 53)

Bref, un texte plaisant, une langue raffinée mais, comme toujours chez Roald Dahl, comme dans ses histoires pour enfants, un ton drôle et décalé avec,en plus, un ton plus libre, plus osé aussi.

En un mot, Roald Dahl est un grand auteur, de ceux qui peuvent nous accompagner au cours des différentes phases d’une vie.

L’invité – Roald Dahl (1965) – 96 pages – Gallimard – Folio 2 € – 2010

Challenge-anglais logo challenge La nouvelle

29 mai 2011

« Fresa y Chocolate » – Senel Paz

La Havane au début des années 1990. David et Diego se rencontrent au Coppelia. David prend une glace au chocolat quand Diego choisit la fraise, rose. David est un étudiant, bon militant communiste qui glorifie la Révolution et la Patrie quand Diego est un homosexuel féru de culture qui glorifie la religion.

Deux Cubains qui n’ont rien à voir jusqu’à ce que Diego initie le jeune David non pas aux amours homosexuelles mais à la diversité de la culture cubaine : littérature, musique, danse, beaux-arts… Une très belle histoire d’amitié, de découverte, d’initiation et de tolérance !

J’ai aimé découvrir ce roman qui offre une lecture une histoire bien au-delà de ce qu’on pourrait en attendre de prime abord. Non pas une histoire d’amour mais une histoire d’amitié intellectuelle très forte « maintenant que nous sommes comme des frères » (p.37).

Le concept intéressé, raffiné, décalé voire mystique du dîner lezamien, pour célébrer l’oeuvre de Jose Lezama Lima et son roman Paradiso (en lecture commune dans le cadre du mois cubain) m’a interpelé et grandement plu !

De plus, un des grands attraits de ce roman est la peinture réaliste, pour ne pas dire réelle, de la réalité cubaine des années 1990. Cuba et son idéologie communiste si forte que les partisans, embrigadés, agissent pour une Patrie et une Révolution personnifiées et louées. Ils agissent tant qu’ils en surveillent leurs compatriotes. Cuba et ses lectures et fréquentations surveillées. La Cuba castriste et son aversion pour l’homosexualité.

Moi, premièrement : je suis pédé. Deuxièmement : je suis croyant. Troisièmement : j’ai eu des problèmes avec le système ; ils pensent qu’il n’y a pas de place pour moi dans ce pays, mais c’est faux, je suis né ici, je suis avant tout patriote et lézamien, et je ne partirai pas d’ici, même sous la torture. Quatrièmement : j’ai été fait prisonnier dans les camps de l’Umap. Cinquièmement : les voisins me surveillent, ils observent tous les gens qui me rendent visite. Tu tiens toujours à venir? (p.17)

Enfin cette Cuba post-révolutionnaire et ses exils forcés :

Je pars, sur le ton avec lequel l’avait dit Diego, a chez nous une connotation terrible. Cela veut dire que l’on quitte le pays pour toujours, que l’on s’efface de sa mémoire et qu’on l’efface de la sienne, et que, de bon gré ou non, on assume la condition de traître. On le sait depuis le début et on l’accepte parce que c’est inclus dans le prix du billet. Une fois qu’on l’a en main, on ne pourra convaincre personne qu’on ne l’a pas acheté avec joie. (pp.45-46)

Des lignes, un départ, un personnage qui ne sont pas sans rappeler Reinaldo Arenas mais aussi, en filigrane, le sort de beaucoup d’autres artistes, intellectuels, individus cultivés. C’est dur et triste : « À mesure que la date de son départ approchait (…) il semblait avoir perdu la couleur et la vie. » (p.51)

Diego est un personnage attachant : drôle, fin et durement affecté par son départ. Quant à David, il connaît, grâce à cette amitié, une vraie initiation. D’ailleurs, le titre original de cette nouvelle, El lobo, el bosque y el hombre nuevo révèle une symbolique intéressante : Diego est le loup des contres, celui qui représente le danger,qui guette David mais, aussi, la rencontre, l’apprentissage qui se concrétise avec le passage dans la forêt (en l’occurrence la Tanière, le domicile de Diego) qui permet au héros de grandir, de passer un cap, pour devenir un homme libre et sûr de lui.

Cette nouvelle me permet de contribuer, bien sûr, au mois cubain mois cubain mais aussi à Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie et à logo challenge La nouvelle .

Enfin, un grand merci à Lamalie de me l’avoir gentiment prêté!

Fresa y chocolate – Senel Paz (1991)

Mille et une nuits – 63 pages - 2001

14 mai 2011

« Mexico quartier sud » – Guillermo Arriaga

Quartier Retorno 201. Un quartier populaire de Mexico au cœur duquel se tissent des chemins de vie, certains avortés, perdus, gâchés, massacrés, spoliés, oubliés ou célébrés.

On y croise, tel un fil rouge, l’écœurant docteur Del Rio qui nous apparaît d’abord comme un notable qui prend à cœur l’ordre et la morale (tu parles!) alors qu’il n’est que malhonnêteté, immoralité, cruauté et pourriture! Dans « La nuit bleue », contrepoint intéressant à la première présentation de ce docteur, on le voit en train de monnayer ses fautes puis, dans « Légitime défense », il laisse simplement mourir un homme blessé par balle au lieu de le soigner :

De sa main droite, il commença à frapper le sol et tourna la tête, cherchant de l’air, un souffle : la vie. Son corps se tendit comme un arc avant de retomber immobile. (p.111)

Ce passage m’a saisi à la gorge tant c’est violent quand on sait qu’un docteur est à ses côtés, froid, cruel et inactif !

D’autres personnages vivent dans ce quartier, chacun avec ses peurs, ses regrets, sa douleur ou ses crimes. Un homme vivant dans une obscurité permanente, un père en deuil, terriblement touchant, une jeune femme enceinte que nous accompagnons pendant les 195 jours que dure sa grossesse (cette nouvelle m’a bouleversé, triste à pleurer), un jeune homme effrayé par l’idée de répétition familiale et un autre qui n’a pu faire le deuil de sa petite sœur morte et « effacée » de l’histoire familiale.  Cette nouvelle m’a serré la gorge et les sentiments de l’enfant y sont décrits avant tant de précision et d’émotions qu’on ne peut être terriblement ému par ce récit!

Outre ces sentiments  et actes souvent dévastateurs, Guillermo Arriaga dépeint une certaine vision de la société de Mexico : la dure loi de la rue, les caïds, la corruption éhontée de la police corrompue, le pouvoir des notables, l’illégalité de l’avortement.

Une lecture forte pour un recueil émouvant, cruel, horrible parfois qui, malgré tout, se termine sur une nouvelle optimiste et sur un mot final magnifique, comme une promesse… « paix ». Guillermo Arriaga semble doté de l’intelligence de l’âme humaine. De plus, il semble être attaché aux liens familiaux, quels qu’ils soient, comme une constante qui aide ou dessert ses personnages, une force qui les meut, qui dirige presque leur vie, en tout cas oriente leurs choix.

Peu avant de terminer ce recueil, j’ai eu l’idée de relire la quatrième de couverture. Quelle surprise de découvrir que cet auteur était le scénariste de « Amours chiennes » (que je souhaite voir depuis bien longtemps!) et, surtout de « 21 grammes », « Babel » et « Trois enterrements »! Trois grands films bouleversants et saisissants que j’ai beaucoup aimés pour leur originalité, leur maîtrise et leurs histoires si particulières et infiniment humaines.

D’un coup, tout s’est éclairé. Les procédés stylistiques qui m’ont tant plus dans ce recueil, notamment dans « Invaincu », « La Nouvelle-Orléans » et « 195 », cette narration hachée, multiple, voyageant dans le temps et l’espace, est une des signatures de cet auteur, ce que j’apprécie également dans les films basés sur ses scénarii.

Merci infiniment à Claudialucia (et son billet enthousiaste) pour ce prêt et sa patience! Un recueil qui me permet de contribuer, une fois de plus, à mon challenge

Pour poursuivre ma découverte de cet auteur, j’ai abordé un autre pan de l’univers de Guillermo Arriaga le soir même où j’ai tourné la dernière page de ce livre ; je vous en parle demain!

Mexico quartier sud – Guillermo Arriaga (2006)

Phébus – Grasset – 185 pages - 2009

5 mai 2011

Le jeudi, c’est citation!

Après un mois d’avril dénué de citations, voici leur retour, aujourd’hui, avec un recueil de nouvelles mexicain.

J’ai la nostalgie des visages mais les couleurs ne me manquent pas, car elles ont envahi l’univers de mon obscurité et demeurent lez seul élément inaltérable des images de mon passé. Ma vie s’est réduite à une succession de couleurs et de mots, d’odeurs et de sensations, parmi lesquels je souffre de ne retrouver aucun visage.

Mexico quartier sud, Guillermo Arriaga (p.39)

26 avril 2011

« A memory of wind» – Rachel Swirsky

Hélène, la femme de Ménélas, s’est enfuie à Troie avec Pâris. Ménélas demande donc à ses alliés d’aller combattre Troie. Parmi eux son frère, le roi Agamemnon, roi de Mycènes.

Mais ce dernier ayant courroucé la déesse Artémis, celle-ci empêche la flotte de partir, faute de vent. Le devin Calchas annonce que le seul moyen de contenter la déesse est qu’Agamemnon sacrifie sa fille, Iphigénie. Celui-ci, sous le regard insensible d’Ulysse et Ménélas, accepte. Il fait venir sa fille au port d’Aulis sous le prétexte fallacieux de l’unir à Achille.

Voici le contexte mythologique qu’a repris Rachel Swirsky (jeune auteur américaine, féministe, qui m’était inconnue jusqu’alors) pour nous livrer sa vision des dernières heures de la jeune Iphigénie.

Une nouvelle à la première personne, choix qui accentue la dimension tragique du récit à l’issue inéluctable qui s’ouvre sur cette phrase terrible : « I began turning into wind the moment that you promised me to Artemis. »

Iphigénie s’adresse à son père, celui qui, seul, a scellé son destin. Celui qui s’est arrogé le droit de sceller son destin afin de pouvoir faire la guerre et sauver son royaume. À l’instant où Agamemnon accepte le sacrifice Iphigénie, condamnée, commence à perdre souvenirs et sensations : « I lost so much. Words. Memories. Perceptions. »

Les sensations et les sentiments sont magnifiquement décrits par Rachel Swirsky qui a su me toucher, m’émouvoir profondément de la première à la dernière ligne de ce récit. Les cinq sens sont en éveil tout le long ; Iphigénie les perdant, leur évocation n’en est que plus forte et ils nous marquent encore plus!

I belted my garment and followed you out of my chamber and down the echoing stairs to the bottom story. Flickers of firelight rumbled through the doors that led to the megaron.

ou bien encore :

The smell of your sweat drifted on the night breeze, mixing with horsehair and manure. The combined scents were both foul and tantalizing. When you visited the women’s quarters, it was always after events had ended, when the sweat was stale or washed away. Suddenly, things were fresh and new. You had brought me into the middle of things.

La jeune fille évoque également tout ce qu’elle va perdre, ses regrets, comme celui, poignant, de ne jamais avoir la possibilité de porter des enfants, elle si proche et maternelle avec son petit frère, Oreste, un grand bébé qu’elle câline, à qui elle se confie, à qui elle s’en remet :

“I am dissolving into pieces,” I told him. “I need you to remember me for me. Will you do that? Please?”

Une phrase incroyablement dramatique et forte!

J’ai été également touchée par Clytemnestre, la mère d’Iphigénie, qui a déjà perdu un enfant de la main de son mari et qui essaie de sauver sa fille. Pourtant, au moment où se succèdent un tourbillon d’émotions Iphigénie lui reproche de n’avoir pas su la protéger de ce père.

Quant aux hommes, aucun ne trouve grâce sous la plume de l’auteur ni à mes yeux hormis Oreste, bébé innocent et l’attachant et Iamas, le fidèle serviteur de Clytemnestre qui a vu Iphigénie grandir. En ce qui concerne les autres ils sont soit sadiques, comme Calchas :

“What have I done?” you asked Calchas. “What does the goddess want?”

The priest smiled.

Soit assoiffés de guerre et de sang tels Ulysse et Ménélas :

Odysseus and Menelaus fixed you with hungry gazes. Their appetite for battle hollowed the souls from their eyes as starvation will hollow a man’s cheeks.

Ou encore hautains et froids  comme Achille qui réagit bien trop tard:

But Achilles’s gaze was hard and disdainful, too.

Sans parler des soldats rustres et violeurs de l’armée d’Agamemnon.

Enfin Hélène, la cause de cette guerre, est la tante d’Iphigénie. Clytemnestre avait mis en garde sa fille, lui avait dit de se tenir à l’écart de cette femme belle mais dangereuse. Malheureusement, Clytemnestre était loin de se douter qu’elle provoquerait la mort d’Iphigénie! Toutefois Rachel Swirsky montre finalement une Hélène mieux intentionnée que ce qu’en révèlent les mythes, inquiète pour sa nièce même. Malgré tout, Iphigénie en veut à cette femme pour qui elle est sacrifiée :

Should I be glad that I’ll never see the sun again so that Helen can be led like an errant child back to the marriage bed she desecrated? Should I rejoice that my death will enable my father to slaughter Trojans over a vixen that ran into the hills when she went into heat? Should my life dower the frigid air that passes between my uncle and his whore?

L’accélération du rythme des dernières pages accompagne les tourments et la succession d’émotions violentes d’Iphigénie, une violence qui passe à la lecture et qui culmine dans une phrase incroyablement douloureuse.

Rachel Swirsky a une grande sensibilité et un don d’empathie certains, tous deux mis au service d’une nouvelle qui m’a beaucoup plue mais, surtout et avant tout, je l’ai trouvée triste, infiniment émouvante et poignante!

L’histoire bouleversante d’une jeune femme qui aurait aimé décider de sa vie, que son existence ne soit pas soumise aux désirs impérieux des hommes et des divinités.

Un grand merci à Céline pour cette découverte qui me permet, en plus, de commencer à honorer son challenge ainsi que de continuer à contribuer au mienlogo challenge La nouvelle .

17 mars 2011

« Une heure dans un supermarché » – Christine Jeanney

Un nouveau recueil de Quadrature à mon actif. J’en ai lu deux l’an dernier et je suis ravie de continuer ma découverte.
Ici l’auteur nous convie à un petit tour de supermarché, au gré des rayons qu’elle parcourt, prétexte à une galerie de portraits qui s’entrecroisent. Au début bien sûr c’est l’apparence physique qu’elle remarque, puis, narratrice omnisciente, elle fait entrer le lecteur dans la vie de chacun de ces dix-huit visiteurs matinaux qui, d’une nouvelle à l’autre se croisent, même furtivement, le héros d’une des nouvelles étant le figurant d’une autre.
Ainsi, par exemple nous faisons la connaissance de M. Huot, un sculpteur, au rayon animalerie. Son histoire, sur fond d’Histoire, est belle et triste à la fois tout en étant teintée d’humour :
Il a eu peur mais il n’est pas mort. Naître à Santa Fe pour mourir heurté ici par une voiture, une voiture conduite par un profane, ah non, mourir sous les roues d’un artiste serait préférable. Fils de danseuse, sculpteur tué par un peintre, voilà l’idée pour l’épitaphe (p.23)
Ou encore Martha, triste et profondément seule :
Paul a éteint la radio. Silence. C’est le silence qui la mangera. (p.51)
Mais ce sont surtout les histoires d’un père divorcé, homme bien qui attend une lettre décisive  ainsi que celle de Bertrand et son fils dans sa bulle et du couple Lila-Hossam qui m’ont le plus plues et émues!
J’ai apprécié la dimension profondément humaine du recueil qui montre, de manière sensible, qu’au-delà des anonymes aperçus tous les jours il y a des vies emplies de douleurs, de joies, de questionnements dont la plupart nous sont familières, d’une manière ou d’une autre. Bref, Christine Jeanney partage avec nous ces quelques destins croisés le temps d’une course au supermarché. Elle nous montre qu’ il y a plus à voir dans l’autre qu’une simple forme rencontrée furtivement dans le lieu bien impersonnel qu’est la grande surface classique, froide et anonyme… S’intéresser à l’autre, celui en face de nous, celui qui ne nous est pas si étranger…  si seulement!
Encore une très bonne sélection de Quadrature dont l’exigence et l’humanité des écrits  se confirment à chacune de mes lectures.
Je suis contente qu’Anne ait gagné son exemplaire de ce recueil, j’ai hâte de découvrir son billet…
Une nouvelle contribution à mon challenge « La Nouvelle ».
Une heure dans un supermarché – Christine Jeanney
Éditions Quadrature– 128 pages - paru en 2010

21 février 2011

« L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique » – Gabriel García Marquez

 

Quelle ne fut pas ma surprise, en ouvrant ce livre il y a quelques jours, de comprendre que je me plongeais dans un recueil de nouvelles! Ni bien ni mal, simplement surprenant!

Sept histoires de solitude, de désespoir, d’amour, de croyances, d’espoir, de crédulité, de présages. Sept récits dévoilant les mystères de l’âme humaine, ses travers, ses qualités et ses défauts.

De Gabriel García Marquez (souvent surnommé Gabo) je n’avais lu, à plus de dix ans d’intervalle, que Chronique d’une mort annoncée dont la tranche, dans la bibliothèque parentale, m’intriguait quand j’étais enfant. Les deux fois, surtout la deuxième, j’avais adoré ce roman à l’ambiance vraiment très particulière qui me rappelait, par certains aspects, l’ambiance narrée par Raphaël Confiant. C’est que ces deux auteurs partagent une culture caraïbe, région que García Marquez, qui est Colombien, évoque clairement dans plusieurs de ses nouvelles, que ce soit en mentionnant des îles (Aruba et la Martinique) ou bien les croyances antillaises.

Contrairement à Chronique d’une mort annoncée ici je suis entrée dans des histoires dotées du réalisme magique de Gabo, ce don qu’il a de faire paraître quotidien des éléments fantastiques, oniriques, magiques! Il faut se débarrasser d’un certain rationalisme je crois pour y entrer de plein pieds. Au fur et à mesure que ma lecture avançait ma résistance s’est évanouie. J’ai donc rencontré un homme âgé à grandes ailes, des billets de banques voletant dans les airs, des morts parcourant les mers du monde entier, des oranges renfermant des diamants, une jeune fille non pas somnambule mais vivant en dormant et bien d’autres choses. Parfois l’histoire est restée énigmatique, d’autres fois leur sens sur la condition humaine m’a paru plus limpide. Toutes en tout cas m’ont emportée très loin, avec les phrases poétiques de García Marquez, dans un pays où la misère humaine symbolisée par le désert et l’absence de fleurs ne se dilue qu’en présence de la mer, porteuse d’espoir.

Elle a beaucoup voyagé, dit M. Herbert. Elle traîne derrière elle la flore de toutes les mers du monde. (p.41)

Une lecture que l’on peut  prolonger en regardant les adaptations de certaines de ces nouvelles : « Un monsieur très vieux avec des ailes immenses » et la nouvelle éponyme.

A very old man

Pour ma part je ne les ai pas vues mais la scène ci-dessous d’Erendira (adaptation qui a eu l’aval de Gabo) semble saisir parfaitement l’ambiance de la nouvelle.

 

Une lecture partagée avec Céline (que je remercie  pour le délai supplémentaire ^^) pour une lecture commune et qui me permet de contribuer pour la première fois à mon challenge.

logo challenge La nouvelle

18 février 2011

Un challenge de genre…

Courant novembre j’ai eu l’idée d’un challenge… Cette idée m’est apparue comme une évidence : un défi mettant en avant le genre de la nouvelle.
En effet, j'adore les nouvelles depuis toute jeune, ce genre a pour moi une part bien à lui, une vraie consistance mais j'ai remarqué que le plupart des blogueuses-lectrices ne sont pas trop attirées, à mon grand dam, par ce genre littéraire et qu'en France il connaît une place mineure. 
Pourtant, ce genre né au Moyen Âge et épanoui entre les XVe et XVIIe siècles (Boccace, Marguerite de Navarre, Cervantès entre autres) en Europe (mais avec des prémices en Asie et au Moyen Orient) a connu un tournant important au XIXe siècle en France (Balzac, Maupassant, Hugo, Stendhal, George Sand, Musset, Mérimée…), en Russie (Gogol, Tchekhov…) et aux États-Unis (Poe, Henry James, Melville…).
Cependant la nouvelle n’a conservé sa place de choix et ses lettres de noblesse, auprès des auteurs et des lecteurs, que dans les pays anglo-saxons (Somerset Maugham, Roald Dahl, Philip K. Dick, Fitzgerald, Mc Cullers…), au Québec (Louis-Philippe Hébert, Adrienne Choquette…) et en Amérique latine (García Marquez, Sabato, Juan Rulfo, Borges, Monterroso…).
nouvelles 
J'ai donc pensé ce challenge comme un moyen de mettre en avant les recueils de nouvelles, de faire apprécier ce genre. Et puis l’année dernière, grâce à un auteur avec qui j’ai eu l’occasion de travailler sur un projet, j’ai découvert une maison d’éditions belge qui se consacre entièrement à la nouvelle avec une exigence qualitative qui m’a beaucoup plue. J’ai vraiment apprécié la démarche des éditions Quadrature (qui, je l’ai appris par hasard hier, fête ses six ans aujourd’hui!) et la place qu’elles donnent à la nouvelle. J’avais donc aussi très envie de vous faire connaître cette maison d’éditions et ses auteurs parmi lesquelles trois femmes adorables que j’ai connues par Internet il y a quelques années déjà.
Cette découverte sera encore plus poussée que je ne l’aurais espéré car les éditions Quadrature ont accepté d’être partenaires de ce challenge! Ainsi, suivant l’exemple de George et de Cécile et ses acolytes, il y aura plusieurs occasions de remporter quelques un de leurs recueils tout au long de mon challenge. Je vous en dirai bientôt plus sur les trois auteurs en question, Quadrature et les occasions de gagner quelques recueils de nouvelles.
***
Bon, tout cela pour dire que mon challenge « La Nouvelle » se tiendra pendant un an, du 18 février 2011 au 18 février 2012 et comportera trois niveaux :
- novellistes en herbe : 1 à 4 recueils
- novellistes séduits : 5 à 8 recueils
- novellistes amoureux : plus de 10 recueils
logo challenge La Nouvelle
Les auteurs et le montage évoqués plus haut pourront vous donner des idées…Pour vous inscrire il suffit de me laisser un commentaire. Quand vous publierez vos billets il faudra tout simplement apposer mon logo et mon lien sur votre blog puis venir me donner votre lien ici ou sur une page que je créerai ultérieurement…
Je nous souhaite de découvrir tous ensemble de magnifiques recueils de nouvelles, d’horizons et d’époques variées!

EDIT : la page du challenge (pour publier vos billets futurs) se trouve ici.

8 janvier 2011

La perspective Nevsky – Nicolas Gogol

La perspective Nevsky, le cœur passant et commercial de la ville de Saint Petersbourg! Les protagonistes de cette nouvelle sont deux promeneurs parmi la multitude quotidienne qui arpente cette avenue : Piskariov, jeune peintre « pur et innocent » et Pirogov, un lieutenant fier et sûr de lui.

Un soir ces deux hommes vont suivre chacun une femme. Tous deux vont se heurter à des obstacles qui n’amoindriront pas leur passion irraisonnée. En ce qui concerne Piskariov, sa perception de la femme est pure et il bascule quand il se retrouve confronté à une crise d’impossibilité amoureuse (comme dans une autre nouvelle de Gogol, Le journal d’un fou). Il souhaite vivre uniquement dans ses rêves afin de la revoir tel que lui la veut et la perçoit.

Quant à Pirogov, la folie ne l’accablera pas mais, malgré tout, il connaîtra quelques tourments liés à ses sentiments débordants et insensés.

la perspective nevskiLa perspective Nevsky, années 1880

La perspective Nevsky nous est livrée comme une allégorie des faux-semblants humains, apparences trompeuses qui jouent des tours à ces deux Pétersbourgeois.

elle ment à chaque heure du jour et de la nuit, cette perspective Nevsky (p.120)

Dans cette nouvelle, une fois encore Nicolas Gogol dénonce et critique. Il critique l’attitude des femmes, les apparences, la superficialité d’une certaine classe sociale russe et, comme toujours, il excelle dans la description des sentiments, ici l’émoi amoureux qui transforme les perceptions :

… et tous les objets autour de lui se recouvrirent soudain d’une sorte de brume ; le trottoir se soulevait et fuyait sous ses pas, tandis que les chevaux et les calèches s’immobilisaient brusquement ; le pont sous ses yeux s’étirait, se gondolait et son arc se rompait (…) Et toutes ces transformations n’avaient été causées que par un seul regard, que par la seule inclinaison d’une jolie tête. (p.89)

J’ai également pris plaisir à lire l’humour critique de l’auteur, par exemple avec la description des usages relatifs aux moustaches :

Vous pourrez rencontrer ici d’admirables moustaches que nulle plume, nul pinceau ne sont capables de reproduire, des moustaches auxquelles leur propriétaire consacre la meilleure partie de son existence et qui sont l’objet de tous ses soins au cours de longues séances, des moustaches arrosées de parfum exquis et enduites de rares pommades, des moustaches qu’on enveloppe pour la nuit de papier de soie, des moustaches qui manifestent les tendres soucis de leurs possesseurs et que jalousent les passants. (p.81)

Enfin la perspective Nevsky présentée comme un personnage vivant avec ses propres rythmes est une trouvaille intéressante, captivante, nous plongeant avec force au cœur du Saint Petersbourg du XIXe siècle.

Cette nouvelle n’est pas ma préférée des trois écrits de Gogol que j’ai découverts cette semaine. Toutefois je suis très contente d’avoir enfin lu cet auteur dont j’ai hâte de commencer les deux autres nouvelles pétersbourgeoises que je n’ai pas encore dans ma PAL!

Je clos avec ce billet ma semaine russe, riche de découvertes et de lectures agréables et fortes, logo semaine russe  mais je continue à participer avec plaisir à l’année russe de Pimpi!LogoUneAnneeEnRussie

6 janvier 2011

Le portrait – Nicolas Gogol

 
Tchartkov, jeune peintre talentueux mais désargenté, se retrouve en possession d’un portrait représentant un homme âgé. Ce tableau acquis pour une somme dérisoire l’a attiré en raison de son regard plus vrai que nature, tellement vrai qu’il suscite le malaise et l’angoisse (« les yeux vivaient, c’étaient des yeux humains »). D’ailleurs Tchartkov a peur et connaît une nuit ponctué de très mauvais rêves (mais sont-ce vraiment des cauchemars?).
Au petit matin, menacé d’expulsion par son propriétaire il peut, grâce au portrait, non seulement régler ses loyers impayés mais aussi, succombant à l’ivresse de l’argent, changer totalement de vie et… perdre son âme d’artiste talentueux au profit de la facilité et du succès mondain. Un accès de lucidité, bien des années après, causera sa perte!
Une nouvelle rencontre avec Gogol dont j’apprécie beaucoup l’écriture ainsi que les thématiques. Ici cette histoire de peintre a, forcément, trouvé un écho en moi. À la fois pour les périodes de découragement que connaît le personnage (hé oui, cela m’arrive parfois ^^’) mais aussi pour la critique que l’auteur fait des mondanités et de la facilité à laquelle cèdent certains artistes et que j’observe parfois dans ce milieu. J’ai donc trouvé les propos de Gogol sur ce sujet pertinents et surtout très actuels ou en tout cas intemporels!
Et puis il a le talent pour doucement, subtilement, distiller du fantastique voire de l’épouvante dans une nouvelle au début assez quotidien :
Il n’avait jamais été peureux, mais ses nerfs, son imagination étaient sensibles, et ce soir-là il ne parvenait pas à s’expliquer sa crainte instinctive. Il s’assit dans un coin ; mais là encore il lui semblait que quelqu’un allait se pencher par-dessus son épaule pour le dévisager. (p.45)
Tout le talent de Nicolas Gogol est assurément de savoir décrire très justement les émotions humaines, que ce soit la folie (la rage de Tchartkov fait froid dans le dos) ou la manière que l’on a, quand on a peur, de surveiller avec angoisse l’objet de notre effroi!
Il y a dans ce récit de l’humour acerbe ( « Hélas! les visages cireux de la mère et de la fille montraient qu’elles avait dansé à ces bals à n’en plus pouvoir » p.59) mêlé à une critique de la haute société peterbourgeoise ainsi qu’au fantastique. Ce dernier aspect m’a quelque peu fait penser à l’idée que j’ai de Faust (que je n’ai pas encore lu) et m’a rappelé Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde.
Toujours dans le cadre de la semaine russe! J’espère avoir le temps de lire la dernière nouvelle de mon recueil et d’écrire un dernier billet avant la fin de cette riche semaine!
logo semaine russe
LogoUneAnneeEnRussie

4 janvier 2011

Le journal d’un fou – Nicolas Gogol

  Avksenty Ivanovitch, le héros de cette nouvelle de Gogol, est un noble qui travaille au Ministère. Sa tâche principale semble être de tailler les plumes. Cet homme terriblement méprisant pour les classes sociales qui lui sont «inférieures » (« la valetaille », le « serf stupide ») nous raconte dans son journal qu’il est tombé amoureux de la fille de son directeur, Sophie. L’annonce du début de sa folie est claire dès les premières pages mais celle-ci s’accentue quand il se rend compte que sa position sociale ne lui permet même pas d’oser espérer conquérir le cœur de sa belle et quand il apprend que celle-ci se moque de lui!

À partir de ce moment la folie ne fait que s’accroître, se mêlant au narcissisme, à la paranoïa et à la colère. Face à cette crise d’impossibilité amoureuse et en l’espace de quelques semaines il sombre, pour ne pas dire qu’il se réfugie dans une folie qu’il tente de rationaliser. Il y trouve une logique, établit tout un système qui lui convient et sur laquelle, au contraire de la réalité fortement hiérarchisée, il a le pouvoir!

Cette nouvelle pourrait presque prêter à rire par moments si ce n’était si tragique ; l’épisode des lettres écrites par les deux chiens ou bien quand il se conduit à son travail tel un roi :

Ils s’imaginaient que j’allais signer tout au bas de la feuille : Conseiller titulaire d’un tel. Pensez-vous! Et à l’endroit le plus en vue de la page où signe notre directeur, je traçai : « Ferdinand VIII ».

Il eût fallu voir quel silence respectueux s’établit aussitôt. Mais je me contentai de faire un geste de la main et dis : « Points de marques de soumission, c’est inutile », et je sortis. (p.27)

Plus la folie avance plus ses écrits se font frénétiques et les dates deviennent fantaisistes, inquiétantes même : un jour est noté comme étant « l’an 2000 le 43 avril » et pour un autre il écrit « Pas de date du tout. Le jour était sans date. »

Malgré son délire il est, d’une certaine manière,  lucide et à la fin son désarroi transparaît.

Une nouvelle dont le talent est de restituer la folie de manière, il me semble, réaliste. De plus ce fut l’occasion pour moi de découvrir cet auteur (ukrainien certes mais ayant bien écrit sur la Russie de son époque) très connu de la littérature russe et de percevoir, en filigrane, la rigidité de la hiérarchie bureaucratique dans la Russie du XIXe siècle ainsi que  le traitement infligé aux personnes enfermées dans des asiles d’aliénés à cette époque.

Une nouvelle lecture, réussie,  de la semaine russe… la suite demain ou vendredi! :)

logo semaine russe

LogoUneAnneeEnRussie

22 novembre 2010

« Nouvelles d’ados, Prix Clara 2010 » – Collectif

Un recueil de six nouvelles écrites par des adolescentes ayant entre 13 et 17 ans… j’étais curieuse mais un peu inquiète de la qualité des écrits, je dois l’avouer, quand j’ai choisi ce livre.

Quel n’a pas été mon étonnement dès la première nouvelle ! Ce recueil dont je n’ai pu arrêté de tourner les pages est une très bonne surprise ;  j’en ai été la première étonnée. J’ai beaucoup apprécié la courte présentation des auteurs avant chaque nouvelle. Toutes bien sûr sont amoureuses des livres et cela fait plaisir à lire. Quant aux histoires elles sont de tous les styles et sont inégales mais toutes intéressantes.

« L’étranglée » nous livre les pensées d’une femme qui subit le voile et la domination d’un mari et qui voudrait être libre. Une nouvelle très bien écrite, avec maturité.

« Le voleur d’âme » emprunte à la fantasy pour finalement aborder l’amour. Une idée intéressante mais avec trop de redites et dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer…

« Attraction terrestre » expose, tel Montesquieu, les travers de notre société vus par les yeux blancs d’une extraterrestre, pour un récit philosophique sur la vie, la mort et les valeurs humaines. Une nouvelle très bien écrite, captivante même si certains événements arrivent un peu trop vite à mon goût.

« L’Ours » est un petit conte touchant et bien écrit.

« L’Hermine noire » révèle une belle écriture et un sens du mystère très XIXe siècle. J’aurais presque envie de lire plusieurs aventure de l’héroïne, miss Perry. Ma seule petite réserve, éminemment personnelle, concerne le fond qui me dérange un peu (le commerce de fourrures animales qui en fin de compte n’est pas dénoncé).

Enfin, la troisième nouvelle, « Mémoire faussement esclave » a été mon coup de cœur du recueil. J’ai réalisé après coup que c’était celui écrit par la jeune fille de treize ans… et bien bravo à elle ! Le fond comme la forme sont très bons, captivants. Il s’agit d’un récit elliptique, trois époques différentes avec, comme fil rouge, l’esclavage.

Je dois dire qu’en lisant toutes ces nouvelles j’ai tout simplement oublié qu’elles étaient écrites par de si jeunes auteurs, cela ne se voit pas ou très peu pour certains récits... je leur souhaite à toutes de continuer et d’être publiées.

Et puis ces jeunes filles sont toutes lauréates du prix Clara 2010, un prix créé en mémoire de Clara, décédée à treize ans des suites d’une malformation cardiaque. Ainsi les bénéfices de la vente de ce recueil seront versés à l’Association pour la recherche en cardiologie du fœtus à l’adulte (ARCFA)… un très bon recueil pour une action caritative importante, raison de plus pour le lire!

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson  et à BOB pour ce partenariat!

2 novembre 2010

« Mes sacrées tantes » – Bulbul Sharma

51h-YCXSxNL._SL500_AA300_ Une amie m'avait dit le plus grand bien de cet auteur il y a bien un an déjà, pour La Colère des aubergines (que je n'ai pas encore lu)! Il y a quelques temps elle me mentionnait un nouveau recueil du même auteur qu'elle me recommandait encore avec beaucoup d'enthousiasme! Quelle ne fut pas ma surprise quand je l'ai vu quelques jours plus tard chez Mango (est-ce un hasard justement?!) d'autant qu'elle le proposait en livre-voyageur et que personne ne l'avait encore demandé!!!

C'est avec un grand plaisir que j'ai commencé ce recueil dans lequel Bulbul Sharma (un nom qui déjà suffit à me ravir) nous fait découvrir une facette bien particulière de son pays! Dans ses huit nouvelles elle nous conte en effet des histoires de femmes. Ces Indiennes ont toutes en commun de souffrir du poids des traditions, très souvent incarné par des femmes âgées, parmi lesquelles les fameuses «sacrées tantes».
Tour à tour nous suivons, à différents moments du XXe siècle, des femmes qui tyrannisent, des femmes qui se marient, d'autres qui veulent s'enfuir quand d'autres encore se repentent! Il y a bien sûr des hommes, très souvent des maris mais parfois aussi des pères maniaques qui imposent des règles de vie pour le moins strictes ou des fils qui vivent loin du joug maternel... mais c'est bien la voix des femmes qui se fait entendre tout au long de ces fables, souvent cruelles, ironiques mais non moins dénuées d'humour :

Elle essaya ensuite de pratique le chant pendant quelques temps, mais dès qu'elle eut fini sa première composition, tous les voisins se pressèrent sous le porche pour lui demander si son mari la battait et si elle avait besoin d'aide. (p.42)

Et puis Bulbul Sharma nous emmène invariablement en voyage, c'est la constante, le fil rouge qui unit toutes ces nouvelles. Le voyage comme possibilité de changer, d'acquérir sa liberté et d'enfin décider par soi-même!

J'ai été happée par toutes ces histoires, ces univers bien particuliers. J'ai été vraiment émue par certaines. La première notamment avec cette mère qui n'a pas vu son fils depuis quarante ans ou cette petite mariée de sept ans qui n'est décrite que comme un objet et qui est simplement une enfant (mais "heureusement" si je peux dire, son mari est également enfant et l'on apprend dans une autre nouvelle que ces mariages d'enfants ont été interdits par la suite!)

Toutefois deux nouvelles se sont démarquées. « Jusqu'à Smila en tonga », qui nous conte l'histoire de l'Inde de 1908 à l'indépendance à travers les yeux d'une jeune femme libre et ne suivant pas les traditions, est vraiment celle que je préfère. Et puis la nouvelle par laquelle finit le recueil, « La vie dans un palais » m'a profondément touchée, comme une conclusion optimiste et positive à l'ensemble de vies qui vient de se dérouler devant nos yeux.

Un coup de cœur qui m'a convaincu de découvrir d’autres écrits de cet auteur et qui me permet d'honorer un challenge!

bulbul10 challenge Bienvenue en Inde coup de coeur